ARTICLES 2001

 

Extraits des écrits du Dr Martin Luther King, 1967  Traduction française par N. Lipszyc. Démonstration faite de l'équation : Antisionisme = Antisémitisme
Israël-Palestine : les chemins d'une autre paix -Alexandre Adler  + LE MONDE | 08.11.01
Les nouveaux visages de l'antisémitisme  Pierre-André Taguieff Le Figaro du 8 octobre 2001
Déconcertant progressisme par Alain Finkielkraut,  © Libération, 2001.
Extraits du sermon du 3 août du cheikh de la mosquée de Gaza
(diffusé sur la TV de l'Autorité Palestinienne) - 3 août 2001
Israël, éternel coupable ? Bernard-Henri Lévy 31/08/2001
Qui se soucie vraiment des Droits de l'Homme lorsqu'il s'agit des Arabes palestiniens? Par Joseph Farah Traduit de l'anglais par le Dr Roger Roos - Septembre 2001
Les Juifs, le Sionisme et Israël dans les manuels scolaires syriens), Juin 2001
Enlèvement des soldats israéliens: Israël accède à la bande vidéo Juillet 2001.
Ben Laden se fiche des Palestiniens - Par FREDERIC ENCEL (LIBERATION 19 octobre 2001) 
Comment on fabrique des 'bombes humaines' par Fiamma Nirenstein, Commentary Magazine. Traduction de Menahem Macina pour CJE
Intifada, une année, déjà... Par Elie Barnavi   Publié le 27 septembre 2001, page 17
N'attrapons pas la haine,  par Amos Oz LE MONDE | 14.09.01 

Extraits du sermon du 3 août du cheikh de la mosquée de Gaza (diffusé sur la TV de l'Autorité Palestinienne) - 3 août 2001
Les extraits suivants, programmés sur la chaîne palestinienne, sont tirés du sermon du vendredi 3 août 2001 donné par le cheik Ibrahim Madhi à la mosquée Jilin de Gaza :
« A vous amants d'Allah ! Le Jihad va continuer, que ça leur plaise ou non.
- Un jeune homme m'a dit: « J'ai 14 ans. Il me reste quatre ans à vivre avant que je ne me fasse sauter au milieu des Juifs. » Je lui ai dit: « Oh mon fils, je demande à Allah de te donner et de me donner au martyre. »
- Oh amants de Allah, si seulement les Juifs savaient. que s'ils nous bombardent, les Arabes bombarderont leurs villages et leurs villes, ils hésiteraient mille fois.
- Le Coran est très clair là-dessus: les plus grands ennemis de la nation islamique sont les juifs. Qu'Allah les combatte !
-. Nous savons très clairement qui est notre ennemi. Toutes les armes doivent être dirigées sur lui ,toutes les lances doivent être tournées vers les juifs, vers les ennemis d'Allah, la nation maudite dans le livre d'Allah. Allah les a décrits comme des singes et des porcs, comme les adorateurs du veau, comme des idolâtres.
- Celui qui peut les combattre avec des armes doit agir. Celui qui peut les combattre avec une mitrailleuse doit agir. Celui qui peut les combattre avec une épée ou un couteau doit agir.
- Celui qui peut les combattre avec ses mains, doit agir. Telle est notre destinée. Les pires ennemis des croyants sont les juifs et les polythéistes. Les juifs ont montré leurs crocs. Rien ne les arrêtera, à part la couleur du sang infecte de leur peuple. Rien ne les arrêtera, à part le don de nos personnes au milieu d'eux.
- Nous les faisons sauter à Hadera, nous les faisons sauter à Tel-Aviv et à Netanya, et c'est ainsi qu'Allah nous met à la tête de cette bande de vagabonds.
- Dans quelques années, avec l'aide Allah, nous pénétrerons dans Jérusalem en conquérants, dans Jaffa en conquérants, à Haïfa en conquérants, à Ashkelon en conquérants. Nous sommes certains que la victoire est proche.
- Béni soit celui qui attaque un soldat. Béni soit celui qui a élevé ses enfants dans l'esprit de la Jihad et du martyre. Béni soit celui qui a mis une balle de côté pour la rentrer dans la tête d'un juif. »

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Israël, éternel coupable ? Bernard-Henri Lévy 31/08/2001
Depuis trente ans encore, concernant le conflit du Proche-Orient, je n'ai pas bougé d'un iota. Je suis partisan d'une paix de dialogue et de compromis. Je souhaite l'évacuation, par Tsahal, de ces fameuses colonies qui sont comme un poison à effets lents dans la société israélienne tout entière. Je suis favorable, surtout, au partage de la terre et à la création, à côté d'Israël, fût-ce au prix d'une séparation unilatérale, de l'Etat souverain auquel les Palestiniens ont droit. Mais enfin, tout cela étant dit, comment ne pas dire aussi combien me semblent, une fois de plus, étranges les réactions aux derniers développements de cette guerre ? Comment ne pas s'étonner de l'extrême violence des commentaires qui ont suivi, cette semaine, dans les chancelleries et une partie de la presse, la liquidation, à Ramallah, du chef du FPLP, Abou Ali Moustapha ? Si détestable que soit cette politique d'assassinats dits « ciblés » ou « sélectifs », peut-on la mettre sur le même plan, vraiment, que les attentats aveugles, non sélectifs justement, non ciblés, visant donc les innocents aussi bien que les combattants, des kamikazes palestiniens de Gaza ? Et quant à la victime elle-même, quant à cet homme que l'on nous présente comme un « modéré », un « homme de paix », un personnage dont la droiture « forçait le respect de tous », est-il permis de rappeler qu'il a été pendant vingt ans, avant d'en prendre la tête en juillet 2000, le chef militaire du FPLP de Georges Habbache ? qu'il porte la responsabilité, à ce titre, d'innombrables attentats, détournements d'avion meurtriers, tueries - y compris (et ce n'est pas, dans mon esprit, le moins grave) la tuerie de « Septembre noir », en Jordanie, le plus grand massacre de Palestiniens commis à ce jour ? Est-ce faire injure à ce combattant que de rappeler qu'il ne s'est rallié que très récemment, et du bout des lèvres, aux « accords d'Oslo » signés, il y a huit ans, avec ce qu'il ne s'est jamais décidé à appeler autrement que l'« entité ennemie » ? Sans entrer dans le détail des « crimes » que lui imputent les Israéliens et dont je ne sais évidemment rien, faut-il rappeler les attentats à la voiture piégée dont le FPLP, sous sa direction, s'est fait une spécialité et qu'il n'a jamais hésité, depuis Damas ou Bagdad, à revendiquer ? Ces assassinats ciblés sont terribles, oui. Ils glacent le sang. Peut-être sont-ils aussi, comme semble le penser la presse à Tel-Aviv, tragiquement maladroits. Mais, de grâce, ne mélangeons pas tout. Et que l'émotion, légitime, ne soit pas de nouveau l'occasion d'entonner l'éternel refrain de l'éternelle culpabilité israélienne. © Le Point - 31/08/2001 - N°1511 par Bernard-Henri Lévy

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Qui se soucie vraiment des Droits de l'Homme lorsqu'il s'agit des Arabes palestiniens?
Par Joseph Farah Traduit de l'anglais par le Dr Roger Roos
La Syrie, l'Irak, l'Iran, l'Égypte, l'Arabie Saoudite, la Jordanie et les autres nations musulmanes ont émis à l'égard d' Israël des critiques plus ou moins violentes et insistantes quant à son comportement vis-à-vis des arabes palestiniens.
Ces menaces posent un problème majeur. Jusqu'à présent, ces nations sont beaucoup moins venues en aide aux palestiniens que ne l'a fait l'État d'Israël.
Ceci est la vérité, je le pense, et je le dis.
Voici un exemple de ce que j'affirme.
Le Journal "Jordan Times" écrit que "les réfugiés palestiniens du Liban à qui l'on a longtemps dénié nombre de droits civiques , tel que le droit au travail, se retrouvent devant un nouveau problème dans leur vie quotidienne déjà précaire."
Une nouvelle loi du Parlement Jordanien adoptée cette année, prive les arabes palestiniens du droit de devenir propriétaires. Ceux qui le sont se voient privés du droit à la succession.
Imaginons un seul instant qu'une telle loi soit adoptée en Israël. Imaginons l'indignation internationale que cela pourrait entraîner . Que diraient les Nations Unies? Avec quelle rapidité l'on ressortirait l'assimilation du sionisme au racisme?
Comment les médias occidentaux commenteraient un tel comportement?
Et pourtant ceci se produit dans un pays arabe sans pratiquement aucune réaction, en dehors du présent article.
Examinons la manière dont le Jordan Times commente ce comportement libanais: "Par cette loi, le Parlement libanais a voulu protéger les droits des réfugiés palestiniens au retour éventuel dans leur foyer qu'ils ont fui après la création de l'État d'Israël sur les terres palestiniennes en l948."
N'est-ce pas cocasse? Nous protégeons vos droits en les niant! Il n'y a que dans le monde arabe une telle duplicité hypocrite peut exister sans être ridiculisée et dénoncée par l'opinion internationale.
Il faut garder à l'esprit que la plupart des réfugiés palestiniens sont nés bien après l948. Ils n'ont jamais habité dans un pays nommé "Palestine". La raison en est que leurs voisins arabes ont été très peu hospitaliers à leur égard. Ils ne leur ont pas permis de s'établir dans leur pays, parce que leurs chefs étaient déterminés à entretenir les flammes de la haine contre Israël.
Ils désirent qu'Israël reste le bouc émissaire des palestiniens et que le peuple arabe ne se retourne pas contre ses propres chefs et se pose des questions quant à sa privation des droits humains.
Le Liban, d'ailleurs, est un état vassal de l'état syrien. Il est occupé par l'armée syrienne. Aucune décision politique n'est prise à Beyrouth sans l'aval de Damas. C'est Damas plus que n'importe quelle autre capitale arabe qui entretient la campagne de terreur contre Israël, qui sabote tous les essais de réconciliation entre arabes et juifs, et c'est Damas qui a orchestré cette stratégie de retirer aux palestiniens leurs droits civiques au nom des droits civiques palestiniens.
Pour savoir à quel point la situation au Liban est mauvaise, voici d'autres détails rapportés par le Jordan Times et non par une quelconque conspiration sioniste internationale:
A - D'après les lois du travail concernant les étrangers, les palestiniens sont interdits dans 74 types d'emploi;
B - Les palestiniens ont un contrôle très strict sur leurs rentrées ou leurs sorties dans le pays;
C - les Palestiniens au Liban n'ont pas le droit de devenir citoyens libanais.
D - Les palestiniens sont confinés dans 12 camps sans aide médicale, sociale ou éducative publiques,.Dans certains de ces camps, il leur est interdit de construire ou même de réparer leurs habitations.
Certains, au Liban, ont reconnu la nature raciste de cette politique anti palestinienne et la considère comme bien pire que tout ce qu'a pu entreprendre Israël.
Et pourtant plus d'un demi million de syriens ont manifesté cette semaine pour soutenir le soulèvement palestinien contre Israël, en criant vengeance contre l'état juif pour ses pratiques "nazies et fascistes".
Est-ce que ces citoyens syriens ont la moindre idée du type d'oppression auquel les arabes palestiniens sont confrontés juste à côté de chez eux au Liban? Savent-ils que leur propre gouvernement est responsable de cette politique libanaise? Ont-ils conscience que de plus en plus de militaires syriens sont envoyés actuellement au Liban pour soutenir le régime de Beyrouth qui impose une telle répression?
Tandis qu'Israël s'est donné beaucoup de mal pour améliorer le sort des arabes palestiniens - particulièrement ceux victimes de la guerre de l948 - les nations arabes n'ont pensé qu'à une chose: exploiter leur misère. Cette exploitation se poursuit encore aujourd'hui, ouvertement et "en toute légalité".
Et pourtant la planète est aveugle.
© Joseph Farah - WorldnetDaily.com 2001.

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Les Juifs, le Sionisme et Israël dans les manuels scolaires syriens), Juin 2001
Résumé du Rapport du CMIP (Center for Monitoring the Impact of Peace), Juin 2001, 477 Madison Avenue, 10th Floor, New York, N.Y. 10022 U.S.A. (212) 572 55 66 La paix est devenue le choix stratégique déclaré de la Syrie depuis la Conférence de Madrid de 1991. La présente étude, initiée par le Centre pour Diriger l'Impact de Paix (CMIP), a entrepris de déterminer à quel point l'idée de paix avec Israël était devenue partie intégrante du programme scolaire officiel de Syrie. Soixante-huit manuels scolaires des classes 1-12, sur divers sujets, qui ont tous fait partie du programme scolaire syrien pendant l'année 2000, ont été examinés dans cette étude
Les conclusions sont les suivantes:
a.  Le conflit israélo-arabe est un thème majeur dans le programme scolaire syrien et est traité dans la plupart des manuels scolaires. L'essence du conflit est le droit à l'existence d'Israël, pas de ses frontières. En fait, le conflit est peint comme une lutte prophétique pour l'existence entre la nation arabe toute entière et une entité juive-sioniste qui s'est établie en Palestine.
b.  Pas un seul mot favorable aux Juifs n'a été trouvé dans les manuels scolaires syriens. On dénie aux Juifs les caractéristiques d'une nation, ils sont détachés de leurs ancêtres et de la terre de Palestine, et leur religion est raciste. Ils sont peints comme ennemis des Arabes depuis l'Antiquité, de l'Islam depuis son commencement, de toute l'espèce humaine, des prophètes et de Dieu lui-même. La haine des nations du monde envers eux est justifiée. L'Holocauste est justifié, pourtant sa importance est exagérée par les Juifs. Il y a un passage dans les manuels scolaires qui appelle à leur élimination.
c.  Le sionisme est représenté comme un mouvement raciste et agressif basé sur les fausses assertions que les Juifs sont un peuple relié à la Palestine. Le sionisme exploite la religion juive pour exercer le contrôle sur de régions vastes de la patrie arabe.
d.  Israël est dépeint comme une entité étrangère et artificielle et n'est pas reconnu comme un état légitime. Sa place sur la carte est toujours indiquée sous le nom de Palestine. L'Etat d'Israël est foncièrement mauvais. Il ressemble à un cancer qui s'étend et il est aussi la source de problèmes innombrables qui sont arrivés aux Arabes, à commencer par l'usurpation de la Palestine, jusqu'à empêcher la réalisation de l'unité arabe et à entraver le progrès économique arabe, et jusqu'à terminer par la tentative d'effacer l'identité nationale Palestinienne et Arabe. La société israélienne est pleine de malice envers les Arabes et les soldats israéliens sont démonisés
e.  Jérusalem est, et a toujours été, une ville arabe. Les Juifs ne sont pas mentionnés comme ses habitants, ni dans le passé ni dans les temps présents. Leurs lieux saints dans la ville ne sont pas mentionnés à la différence de ceux des Musulmans et des Chrétiens. La présence des Juifs à Jérusalem est celle d'occupants étrangers que les Arabes et Musulmans devraient évincer. Une telle opération prend les caractéristiques d'une purification, depuis que les Juifs profanent l'endroit par leur simple présence en ce lieu.
f.  Faire la paix avec Israël veut dire se rendre et est rejeté comme un acte de traîtrise. D'un autre côté, participer au processus de la paix actuel est présenté comme une continuation de la vieille lutte contre le sionisme et Israël par d'autres moyens. A aucun endroit, l'expression "paix avec Israël " n'apparaît et la Syrie n'est pas connue comme s'étant engagée à reconnaître le droit d'Israël d'exister dans ses frontières d'avant 1967.
g.  La libération de Palestine est dépeinte comme un but majeur de Syrie, de même que le devoir de tout Arabe et tout musulman. Les manuels scolaires syriens ne dissimulent pas le fait que la libération entière de la Palestine est synonyme de la liquidation d'Israël qui est mentionnée comme un des buts du parti Ba'ath souverain. C'est aussi un acte de purification, car c'est, en purifiant Palestine de la saleté " sioniste ", un moyen de réaffirmer la dignité arabe et musulmane.
h.  La lutte contre Israël est une " guerre sainte "-Djihad qui est le devoir de chaque Musulman.
i.  Dans ce contexte, le martyre est une valeur exaltée dans les manuels scolaires syriens diffusés par le Président Hafez Assad lui-même et il est inculqué dans les esprits des étudiants de diverses façons.
j.  En conclusion, adopter et soutenir les activités terroristes contre Israël sont un thème répétitif. Bien que le terme " terreur" ne soit jamais lui-même utilisé dans ce contexte et que de telles activités soient décrites comme des opérations contre des cibles militaires, les cas portés à l'attention de l'étudiant dans les manuels scolaires se réfèrent à des attaques contre des civils, réelles ou ont imaginaires.
Quelques extraits et aperçu de la table des matières:
Les Juifs, le Sionisme et Israël dans les manuels scolaires syriens Chapitre 1: L'Essence du Conflit: L'Existence d'Israël  1. Vue d'ensemble  2. l'essence du conflit est l'existence même d'Israël, pas ses frontières,  3. Prééminence du Conflit  4. une Matière d'Honneur  5. Traitement obsessionnel du Conflit arabe israélien
Chapitre II: Le Portrait des Juifs et du Judaïsme  6. vue d'ensemble  7. pas une seule remarque positive au sujet des Juifs  8. un Peuple " Faux ", une Nation " Imaginaire ",  9. les Juifs sont détachés de leurs Ancêtres et de la Palestine  10. Le Judaïsme et les Juifs sont Racistes  11. Occupants de Terres arabes depuis les temps anciens  12. Ennemis des Arabes et Musulmans au Moyen-Age  13. L'antisémitisme et l'Holocauste sont justifiés  14. Les Juifs sont mauvais et méritent l'Élimination
Chapitre III: Le Sionisme  15. vue d'ensemble  16. Présentation du Sionisme aux Étudiants syriens  17. Un mouvement raciste basé sur des mensonges et de fausses allégations  18. Un partenaire de l'impérialisme  19. Le sionisme ressemble et même surpasse le nazisme  20. Le danger du sionisme  21. La lutte arabe contre le sionisme
Chapitre IV: Le portrait d'Israël et des israéliens  22. vue d'ensemble  23. Israël est une entité étrangère établie dans le coeur de la patrie arabe  24. Israël est une entité artificielle et illégitime  25. Israël n'existe pas sur les cartes syriennes  26. Israël usurpateur de la Palestine  27. Israël essaie d'exterminer les Palestiniens  28. Israël oppresseur des Palestiniens et tente d'effacer leur identité nationale arabe  29. Israël est une entité colonialiste au service de l'impérialisme contre les Arabes  30. Israël est Raciste  31. Israël est agressif et expansionniste  32. Israël est comparé à un cancer qui s'étend  33. Israël est une menace pour le monde arabe et un obstacle à l'unité arabe  34. Israël supporte le régionalisme et le sectarisme dans le Monde arabe  35. Israël est la cause du retard arabe  36. Israël est tout le Mal  37. Les israéliens ne sont pas une nation  38. Les israéliens sont plein de malice vers les Arabes  39. L'apparence des israéliens et leur odeur sont repoussantes
Chapitre V: Jérusalem  40. vue d'ensemble  41. Une ville fondée par les anciens Arabes  42. Une ville arabe occupée par Israël  43. Une ville sacrée pour les musulmans et les Chrétiens  44. Seulement les lieux saints musulmans et chrétiens sont mentionnés  45. Israël désacralise les lieux saints musulmans et chrétiens 46. Les musulmans devraient libérer les lieux saints de la présence des Juifs
Chapitre VI: Refus de la paix avec Israël / Reconnaissance du " Processus de Paix "  47. vue d'ensemble  48. Un champion de la bataille contre la paix  49. Le " Processus de Paix " est la continuation de la lutte contre Israël  50. Une paix conditionnelle et unilatérale
Chapitre VII: Libération de la Palestine / Liquidation d'Israël  51. vue d'ensemble  52. La Libération de la Palestine est un but officiel syrien  53. La Libération de la Palestine est un devoir tout Arabe et de tout musulman  54. La Libération de la Palestine est un moyen de restaurer la dignité arabe blessée  55. La Libération de la Palestine va de pair avec la Liquidation d'Israël  56. Purification de la Palestine des sionistes  57. Justification de la violence et légitimation du bain de sang  58. La force est le seul chemin  59. La Guerre de 1973 était un pas préliminaire vers la libération et la liquidation  60. L'Intifada est le commencement de la libération, de l'annihilation et de la  purification
Chapitre VIII: La Guerre Sainte [Djihad] et Militarisme  61. Vue d'ensemble  62. Militarisme dans les manuels scolaires syriens  63. La guerre contre Israël est une Guerre Sainte [Djihad]  64. Tout le monde devrait participer au Djihad
Chapitre IX: Le martyre [Shahadah]  65. vue d'ensemble  66. Une valeur exaltée  67. Martyre comme la Route vers la Libération  68. Le Président Hafez El-Assad et la question du martyre  69. Autres moyens d'inculquer le martyre  70. Assertions sur le martyre
Chapitre X: La terreur  71. vue d'ensemble  72. Le terme « Terreur » [irhab] est réservé exclusivement à Israël  73. Le portrait du terrorisme palestinien comme activité militaire  74. Soutien du terrorisme palestinien  75. La terreur mène à la victoire, à la récupération de la terre, à la dignité,et à la destruction d'Israël
Tous les livres examinés dans cette étude ont été publiés par la Fondation Générale pour Matière Imprimée et Manuels scolaires sous la surveillance du Ministère d'Éducation de la République arabe syrienne. Les titres des deux agences paraissent sur chaque livre. Cinquante-huit hors des soixante-huit livres ont été imprimés au Ba'ath Printing Maison. la liste suivante est pleine des manuels scolaires examinés dans cette étude, organisée d'après sujets et niveaux. L'année de l'édition et nombre de pages pour chaque livre sont donnés aussi.

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Enlèvement des soldats israéliens: Israël accède à la bande vidéo Juillet 2001.
JERUSALEM (AP) -- Face à la montée des pressions et des protestations, les Nations unies ont annoncé vendredi qu'Israël aurait la possibilité de visionner la bande vidéo sur laquelle pourrait être enregistré l'enlèvement en octobre dernier de trois soldats israéliens, au Liban.
Dans la même journée, le Premier ministre israélien avait exigé que lui soit communiqué cet enregistrement que les Nations unies ont nié détenir pendant des mois avant de reconnaître qu'il était en leur possession.
L'ONU a déclaré que la bande vidéo d'une trentaine de minutes, filmée par un soldat de la force de maintien de la paix au Liban, se trouvait effectivement à son siège à New York. Selon un porte-parole de l'organisation internationale, celle-ci a été réalisée le lendemain des enlèvements et ne devrait donc pas fournir d'informations utiles.
Toutefois, selon le sous-secrétaire général des Nations unies, Jean-Marie Guéhenno, ''la cassette ne contient aucune information qui serait susceptible d'éclairer les circonstances de l'enlèvement ou les conditions (de vie) des otages''.
Mais l'affaire jette un froid et le ministère israélien de la Défense s'interroge sur les raison du mensonge. ''Nous pensons que cette attitude soulève de nombreuses questions et nous espérons que les Nations unies nous donnerons des réponses. Ils ont dissimulé la bande. Nous ignorons ce qu'ils cachent d'autre''.
Timor Goksel, porte-parole de la force de l'ONU au Liban (UNIFIL), a nié que les soldats indiens dont le poste se trouvait à environ 400m de l'endroit où les Israéliens ont été capturés, aient commis une quelconque faute.
Mais pour Malcolm Hoenlein, un dirigeant de la communauté juive américaine, l'UNIFIL pourrait aussi bien ''avoir tout vu et n'avoir rien fait''. Un officier israélien a affirmé, sous couvert de l'anonymat, que les Israéliens enquêtaient pour savoir si les soldats de l'ONU avaient joué un rôle dans l'affaire.
L'émissaire de l'ONU au Proche-Orient, Terje Rod Larsen, a rencontré la famille de l'un des soldats enlevés et comptait se rendre à New York samedi pour discuter de la question avec les responsables des Nations unies, selon l'un de ses conseillers. ''La bande vidéo n'a rien à voir'' avec les enlèvements, a-t-il assuré.
© AP, 2001.
samedi 7 juillet 2001, 2h36
L'ONU mise dans l'embarras par une vidéo sur le rapt de 3 soldats israéliens
NEW YORK (Nations Unies), 6 juil (AFP) - Après une série de bévues, l'ONU a décidé de remettre à Israël une cassette vidéo filmée le lendemain de l'enlèvement de trois soldats israéliens par le Hezbollah chiite libanais mais en cachant les visages de militants présumés de ce mouvement intégriste.
Cette mesure, prise pour protéger la sécurité des casques bleus au Liban sud selon un haut responsable de l'ONU, risque toutefois de mécontenter aussi bien le Hezbollah que les Israéliens.
"Bien qu'il s'agisse d'un pas dans la bonne direction, Israël attend toujours que l'ONU lui donne la cassette et toute information pertinente de manière complète", a déclaré à l'AFP un responsable israélien.
En clair, Israël demande à visionner cette vidéo sans que celle-ci soit éditée.
La cassette doit également être remise aux autorités libanaises.
Les trois soldats ont été capturés le 7 octobre lors d'un raid du Hezbollah dans la zone contestée des fermes de Chebaa, aux confins de la Syrie, du Liban et d'Israël. Cette zone, occupée par Israël, est revendiquée par le Liban.
Le secrétaire général adjoint pour les opérations de maintien de la paix, Jean-Marie Guéhenno, a assuré que, selon l'ONU, "rien sur cette cassette n'apportait de lumière sur les circonstances de l'enlèvement ou sur l'état des (soldats) enlevés".
Selon lui, la vidéo d'une trentaine de minutes montre deux véhicules tout-terrain abandonnés avec leur contenu, des casques bleus s'efforçant de les enlever et leur interception par un groupe d'hommes armés "supposés du Hezbollah".
Elle montre également de "petites taches de sang" dans les véhicules, sans qu'il soit possible de dire si ce sang provient des ravisseurs ou des soldats enlevés, a dit M. Guéhenno.
Il a ajouté qu'étaient aussi visibles de fausses plaques d'immatriculation de véhicules de l'ONU, de fausses antennes ainsi que deux uniformes de soldats de l'ONU.
Tous ces éléments avaient été communiqués à Israël le 11 octobre, a-t-il assuré.
Mais l'ONU n'a admis que jeudi l'existence de cette cassette après que le ministre israélien de la Défense Binyamin Ben Eliezer eût réclamé ce document filmé le lendemain de l'enlèvement des trois soldats.
M. Guéhenno a fermement rejeté la suspicion que l'ONU ait volontairment caché l'existence de cette cassette de crainte de représailles du Hezbollah sur les casques bleus déployés au Liban sud, à la frontière israélienne. Le Hezbollah contrôle cette région depuis le retrait d'Israël en mai 2000 après 22 ans d'occupation.
"Nous ne cachons rien et cela depuis le début", a-t-il dit lors d'une conférence de presse en ajoutant que l'ONU avait décidé d'obscurcir les visages "parce que nous devons protéger la sécurité de notre personnel".
M. Guéhenno a toutefois eu du mal à expliquer la cascade de maladresses au sein de la chaîne de commandement de l'ONU qui a conduit de hauts responsables de l'organisation à induire en erreur le gouvernement israélien.
Alors que depuis le mois de mars, le gouvernement israélien demandait de plus amples informations, l'ONU a plusieurs fois démenti être en possession de nouveaux éléments.
M. Guéhenno a déclaré n'avoir lui-même appris que le 6 juin l'existence de cette vidéo après qu'elle eût été apportée à la mi-mai à New York par le général Seth Kofi Obeng, alors commandant de la force de l'ONU au Liban (FINUL).
Mais pire, trois semaines plus tard, le 27 juin, le Coordinateur spécial de l'ONU pour le Proche-Orient, Terje Roed-Larsen, et le Représentant spécial pour le Liban sud, Staffan de Mistura, ont nié l'existence de la cassette lors d'un entretien avec le ministre israélien de la Défense.
Après avoir appris que M. Larsen avait "involontairement induit en erreur" le ministre israélien, M. Guéhenno a dû appeler l'ambassadeur d'Israël auprès de l'ONU, Yehuda Lancry, pour l'assurer de la volonté de l'ONU "de continuer à avoir des relations franches et ouvertes avec Israël".
© AFP, 2001.

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Ben Laden se fiche des Palestiniens - Par FREDERIC ENCEL (LIBERATION 19 octobre 2001)      
 Il y a dix jours de cela, l'ennemi public numéro un a enfin parlé. Entre diatribes hallucinées et menaces apocalyptiques, il a conforté tous ceux pour qui le 11 septembre, l'Amérique de Bush a payé son soutien à Israël de Sharon. Un grand classique du genre, le lien pratique et usé jusqu'à la corde qui dispense d'une réflexion réelle sur les phénomènes du terrorisme et de l'islamisme. Toutes les variations sur ce thème inépuisable ont été tant et tant jouées qu'on finirait presque par y souscrire, si quelques réalités gênantes ne venaient décrédibiliser le commode schéma. En premier lieu, nul ne conteste que le carnage s'organisait de longue date et, à tout le moins, avait été pensé depuis plusieurs années. Un temps où le nationaliste Sharon et le conservateur Bush Jr. étaient bien loin d'un pouvoir qu'ils ne conquerraient par les urnes, respectivement, qu'en novembre 2000 et février 2001. En lieu et place, le travailliste Barak et le démocrate Clinton négociaient alors tous azimuts avec le président palestinien Arafat. Fausse piste. D'autre part, n'est-ce pas précisément lorsque les pourparlers progressent entre Israéliens et Palestiniens que les charges islamistes explosent? En 1993 au World Trade Center déjà, ou encore en 1996 à Tel-Aviv et Jérusalem, avec la «colombe» Pérès à la tête du cabinet israélien? En second lieu, quelle écourante hypocrisie que celle de ces hérauts arabes, chantres de la Palestine, qui brandissent le jihad en faveur des Palestiniens dont la cause est faite, l'instant d'une crise politique ou militaire par eux provoquée, instrument politique jetable. Quel excellent dérivatif pour chefs et régimes autoritaires arabes cherchant à canaliser les frustrations politiques et socio-économiques de leur population respective! Du Syrien Assad écrasant l'OLP à Tripoli (Liban) en 1983, au Libyen Kadhafi chassant dans le désert des milliers de civils palestiniens pour punir Arafat d'avoir négocié avec Israël, en passant par le Saoudien Fahd expulsant «ses» Palestiniens parce que le même Arafat avait soutenu Saddam Hussein pendant la crise du Golfe, sans omettre le susnommé Saddam frappant Israël de ses missiles en «libérateur» de Palestiniens qu'il avait toujours méprisés... La liste est tristement longue des Saladin occasionnels. Et l'on voudrait à présent nous faire croire que les motivations de Ben Laden et de ses spadassins à assassiner plusieurs milliers de civils américains puisent aux malheurs des Palestiniens! Trop facile, trop malhonnête. Ben Laden, subitement lâché par ses alliés pakistanais et pour l'heure moins violemment soutenu que prévu par les opinions arabo-musulmanes, procède comme l'exige la tradition: il instrumentalise. Leïla Shahid, déléguée générale de la Palestine en France, l'a fort justement rappelé: «La cause palestinienne est un alibi pour Ben Laden.» (France Info, journal de 15 h, le 8/10/01.) A l'instar des autres autocrates arabes, il souhaite bien entendu que se prolonge le conflit israélo-palestinien ad infinitum, lui qui abhorre «le traître» Arafat et se défie d'un mouvement national palestinien comptant à son goût wahhabite trop de femmes, de chrétiens et de démocrates. Les attentes et frustrations des Palestiniens existent, et les Américains n'y sont pas étrangers; elles n'expliquent en rien le massacre de New York et Washington. Au final, par-delà l'instrument «Palestine», assiste-t-on au fameux choc des civilisations? Pas encore. A l'heure actuelle, il s'agit plutôt de l'agression caractérisée d'une fraction dévoyée de l'Islam contre l'Occident judéo-chrétien. Car si le milliardaire ex-saoudien et les fanatiques qui l'entourent avaient réellement voulu démontrer leur détermination et leur capacité hors d'une logique de confrontation civilisationnelle, ils auraient choisi pour cible authentiquement symbolique la statue de la Liberté un jour de fermeture aux touristes, et - s'il fallait vraiment un shahid (martyr) - un monoplace en guise de projectile. Quel panache alors pour tout ce que la planète compte de légitimes déçus de l'Amérique, quelle jouissance aussi pour tout ce que nos salons parisiens comptent de contempteurs psycho-pathologiques des Etats-Unis! Humilier le supergrand chez lui, avec la hauteur de celui qui, magnanime, eût aisément pu le meurtrir mais qui se contente de forcer son adversaire à négocier, à se remettre en cause, à réfléchir aux revendications posées... Comment un président Bush ridiculisé aurait-il ainsi pu réunir et justifier, pour la destruction d'un tas de pierres, un déploiement politique et militaire massif contre la Qaïda terroriste de Ben Laden et le régime taliban - aussi barbare soit-il - qui le protège? L'article 5 du Traité de l'Otan aurait-il été invoqué pour «dégradation de monuments historiques»? Mais non, la mort pour la mort. Tuer le plus possible d'hommes, de femmes et d'enfants (y compris de nombreux musulmans, comme à Dar-es- Salaam en 1998), et Allah reconnaîtra les siens! Tuer bien au-delà des symboles forts, des concepts creux et des grandes causes. La «guerre sainte» des «vrais croyants» contre les «mécréants». Que Ben Laden, cofondateur en février 1998 du Front international islamique contre les juifs et les croisés, ne qualifie pas le président américain d'ennemi, d'impérialiste, de criminel ou de tout autre nom d'oiseau mais de «chef des infidèles», est à cet égard révélateur. Sa guerre ne s'inscrit pas dans le champ du rationnel mais dans celui du mystique, sa vindicte ne vise pas politiquement les Israéliens et les Américains, mais essentiellement les juifs et les chrétiens, intrinsèquement diabolisés. La logique qu'il entretient, absolutiste, relève de la lutte à outrance, sans compromis, manichéenne et profondément raciste, avec pour seul horizon le paradis éternel aux soixante-dix vierges pour les martyrs de l'islam, l'enfer pour tous les autres. Cette démarche est si démente qu'elle effraie même les extrémistes «conventionnels», de Téhéran à Riyad! En France, où le contexte sociologique autorise à craindre que l'appel au meurtre et au jihad d'un Ben Laden reçoive quelque écho, le pire serait de renoncer à le condamner moralement et politiquement sous le prétexte fallacieux d'éviter des amalgames stupides. Communier dans l'«islamiquement correct» ambiant consisterait à rendre un bien mauvais service à tous les musulmans pacifiques. Renforcement dès l'école d'une conscience citoyenne collective, revalorisation de l'idée de nation, fermeté sur le principe de laïcité, enseignement laïc des grandes religions, assises interconfessionnelles régulières, intransigeance quant aux agissements cultuels, éducatifs et financiers des islamistes, réexamen des relations officielles avec les Etats soutenant le terrorisme: les armes civiques, intellectuelles, juridiques et diplomatiques ne manqueraient pas ici pour combattre ce totalitarisme vert. A charge pour les hommes du culte musulman, en interne, d'expurger toute lecture belliciste du Coran et de faire barrage spirituel au fondamentalisme criminel. Au bout du combat qui commence, pour tous, il y a la paix civile au sein de la République, ou le chaos hors de ses lois protectrices. Dans le second cas, les musulmans seraient les premières victimes. En regardant les yeux fous de Ben Laden, ils doivent y penser et s'en convaincre.
FRÉDÉRIC ENCEL  Professeur de géopolitique à Paris et à Rennes.

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Comment on fabrique des 'bombes humaines' par Fiamma Nirenstein, Commentary Magazine. Traduction de Menahem Macina pour CJE
Au cours de sa visite historique en Syrie, en mai passé, le pape Jean-Paul II a été inopinément relégué au second plan par le jeune nouveau président du pays, Bashar al-Assad. Plutôt que de rester dans la ligne de l'esprit du moment en saisissant cette occasion pour proclamer ses espoirs de compréhension mutuelle entre les grandes fois du monde, Assad a profité de son allocution de bienvenue en l'honneur du pontife, à l'aéroport de Damas, pour attaquer cruellement les Juifs. Et d'affirmer avec véhémence, en présence du pape : " ils ont essayé de tuer les principes de toutes les religions avec la même mentalité qui les a amenés à trahir Jésus le Christ " et " de la même manière qu'ils ont essayé de trahir et de tuer le prophète Muhammad."
Un épanchement de haine aussi spectaculaire pouvait difficilement passer inaperçu. C'est ainsi que tout au long d'un cycle de nouvelles, le cortège habituel des reportages moyen-orientaux sur les lanceurs de pierres et les colons, les explosions de bombes et les frappes de représailles, les cessez-le-feu et les mesures destinées à "créer la confiance", ont cédé le pas à un déluge de paroles sur les propos explosifs d'Assad. Comme le déplorait le New York Times, Assad " avait non seulement "gâché" la visite papale mais renforcé sa "réputation croissante de conduite irresponsable". Aussi, les commentaires sont-ils allés bon train pour réprimander un nouveau dirigeant, que son inexpérience et son immaturité avaient apparemment mené à professer, pour employer les termes du Times, l'intolérance raciale."
Ce qui restait largement ignoré dans tout cela, c'était une bien plus grande histoire - non celle d'un tyran insignifiant, mais l'histoire du poison qui était si facilement monté à ses lèvres. Ce que peu de journalistes ont su, ou qu'ils n'ont pas estimé utile de mentionner, c'est que des sentiments comme ceux exprimés par Assad sont tout sauf rares dans le monde arabe d'aujourd'hui. Où que l'on regarde, du Caire et de Gaza à Damas et à Bagdad, des personnalités politiques et religieuses aux auteurs et aux éducateurs, des avocats aux stars de la pop-musique, et dans tous les médias, les gens mêmes avec lesquels on s'attend à ce qu'Israël vive en paix se consacrent, avec une ingéniosité qui va sans cesse croissant, à calomnier et à diaboliser l'Etat juif, le peuple juif et le judaïsme lui-même - et à appeler ouvertement à leur annihilation. Ce n'est qu'en refusant volontairement de voir ce fleuve de haine qu'il est possible de se persuader qu'en fin de compte, " tout le monde " au Pro
che-Orient veut réellement la même chose.
La propagande antisémite qui circule avec une telle abondance dans le monde arabe tire son énergie en grande partie de la technique du "mensonge énorme", c.-à-d. de la réitération inlassable de mensonges scandaleux concernant Israël ou les Juifs, dans la ligne du : "plus c'est gros, mieux ça passe". Les exemples sont réellement innombrables. En Egypte et en Jordanie, des sources d'informations ont, à plusieurs reprises, mis en garde contre Israël, censé distribuer du chewing-gum mêlé de drogue, ainsi que des sucreries ayant pour but - disait-on - de tuer des enfants et d'entraîner les femmes à la dépravation sexuelle.
Quand, récemment, la fièvre aphteuse a éclaté dans le bétail de l'Autorité Palestinienne , on a immédiatement accusé les Israéliens d'avoir répandu intentionnellement la maladie (en dépit de la mobilisation immédiate des équipes de vétérinaires israéliens pour soigner les animaux).
Particulièrement tapageuses ont été les forgeries à propos des répliques israéliennes à une Intifada qui dure depuis un an. Au début de cette année, au Forum économique mondial de Davos, en Suisse, une assistance abasourdie a entendu Yasir Arafat lui-même déclarer qu'Israël utilisait [des balles] à l'uranium appauvri et des gaz paralysants contre les civils palestiniens. La télévision officielle de l'Autorité Palestinienne fournissait obligeamment une "évidence" de cette accusation, en diffusant des scènes de malheureuses victimes secouées de vomissements et de convulsions. Un autre clip récent de la télévision palestinienne présentait la reconstitution d'un assaut de l'armée israélienne contre une un maison palestinienne, aboutissant à la mise en scène du viol et du meurtre d'une petite fille devant ses parents horrifiés. Quant aux victimes israéliennes des terroristes arabes, la station de radio "La Voix de Palestine" assurait à ses auditeurs, en avril, qu'Israël mentait au sujet d
e l'assassinat d'une fillette de dix mois par un tireur embusqué palestinien, à Hébron; en fait, expliquait le commentateur, le bébé était arriéré et avait été étouffé par sa propre mère.
La presse arabe s'est également lancée dans le riche motif classique de l'antisémitisme européen. Al-Ahram, le principal quotidien égyptien, patronné par le gouvernement, s'est avéré hors pair à cet égard. Une série récente d'articles relatait, avec un luxe de détails, comment les Juifs utilisent du sang de Gentils pour confectionner la matzah de Pâques. Insurpassable en la matière, le chroniqueur Mustafa Mahmud informait ses lecteurs que, pour comprendre les vrais buts des Juifs, il fallait consulter les "Protocoles des Sages de Sion", dans lesquels les dirigeants de la conspiration juive internationale avouent ouvertement leurs " ambitions sans limites, leur avarice insatiable, leur vengeance impitoyable, et leur haine, qui défie l'imagination". "La ruse", étaient-ils censés déclarer, "est notre approche, le mystère est notre méthode." *
C'est dans ce même registre que les porte-parole arabes et islamistes déforment ou récusent le témoignage du génocide nazi. De fait, nulle part au monde la négation de l'Holocauste n'est plus chaudement ou largement professée. Une conférence d' 'érudits', qui s'est tenue à Amman à la mi-mai, a conclu que l'ampleur de la guerre nazie contre les juifs avait été considérablement exagérée, une allégation ressassée avec enthousiasme par le Times de Jordanie. Issam Sissalem, de l'université islamique de Gaza, a récemment affirmé à la télévision palestinienne que, loin d'être des camps d'extermination, Chelmno, Dachau, et Auschwitz étaient, en fait, de simples "lieux de désinfection".
Le 13 avril, journée consacrée, en Israël, à la mémoire de l'Holocauste, le journal palestinien officiel Al-Hayat al-Jadida publiait un article de Hiri Manzour, intitulé " la Légende de l'Holocauste ". Parmi ses allégations, on pouvait lire que " le chiffre de 6 millions de juifs incinérés dans les camps nazis d'Auschwitz était un mensonge " répandu par les Juifs pour mener à bien leur " opération de marketing international ". Quelques semaines plus tard, à Téhéran, au cours d'une conférence panislamique largement suivie, le chef suprême de l'Iran, l'Ayatollah Khamenei, consacra ses observations préliminaires à démontrer la même chose. " Il y a des preuves ", déclarait-il, " que les Sionistes ont eu des liens étroits avec les Nazis allemands, et ont exagéré, à leur avantage, toutes les données concernant le massacre des Juifs... afin de s'attirer la solidarité de l'opinion publique et frayer la voie à l'occupation de la Palestine et à la justification des crimes sionistes ".
De temps en temps, toutefois, les mêmes organes d'opinion antisémites qui nient l'Holocauste estiment nécessaire d'affirmer qu'il a bien eu lieu - mais à seule fin d'en glorifier les perpétrateurs. C'est ainsi qu'un chroniqueur du journal gouvernemental égyptien Al-Akhbar a exprimé ses " remerciement à Hitler, d'heureuse mémoire, qui, au nom des Palestiniens, a tiré vengeance par avance des plus vils criminels qui soient sur la face de la terre. Néanmoins, nous avons un grief envers [Hitler] : sa vengeance à leur égard ne fut pas suffisante ".
Une autre variation sur ce thème est le parallèle, désormais incessant, entre Israël et l'Allemagne hitlérienne. Pour Al-Ahram, " les atrocités commises par l'armée israélienne montrent... comment ceux qui se plaignent des pratiques nazies utilisent les mêmes méthodes contre les Palestiniens ". Pour Al-Akhbar, le ministre israélien des affaires étrangères, Shimon Peres, a les apparences d'une 'colombe', mais est, en réalité, " un oiseau de proie, un spécialiste du massacre d'innocents ", il est également responsable d'actes " qui montrent qu'Israël est pire que les Nazis ". En mai, un chroniqueur du journal égyptien Al-Arabi, écrivait : " Le sionisme n'est pas seulement un autre visage du nazisme, c'est plutôt un nazisme multiplié par deux ". Il n'est donc pas surprenant que le Président Assad de Syrie, qui affectionne aussi un tel langage, ait affirmé récemment : " Israël est raciste, [le premier ministre] Sharon est raciste, les Israéliens sont racistes. Ils sont plus racistes que
les Nazis. "
Il n'est pas difficile de discerner l'effet de ce dénigrement implacable. Dans le monde arabe, où les sources susceptibles d'équilibrer les informations sur les Juifs et l'Etat juif sont rares, quand elles ne sont pas inexistantes, Israël a été transformé en rien moins qu'une abstraction diabolique ; il n'a rien d'un pays, c'est une force maligne qui incarne tous les attributs négatifs possibles - agresseur, usurpateur, occupant, corrupteur, infidèle, meurtrier, barbare. Quant aux Israéliens eux-mêmes, on ne les voit pas comme des citoyens, des ouvriers, des étudiants, ou des parents, mais comme autant de fantassins d'une même puissance obscure. Le sentiment simpliste induit par ces caricatures est soigneusement enchâssé dans une chanson à succès récente, au Caire, à Damas et à Jérusalem-est. Son titre: " Je hais Israël ".
D'une telle haine à l'incitation à la violence et aux actes qui en découlent, il n'y a qu'un pas. Les écoles arabes n'enseignent pas seulement qu'Israël est mauvais, mais qu'extirper ce mal est la plus noble des missions. Comme le formule un texte destiné à des élèves syriens de dixième, " La logique de justice oblige à l'application d'un seul verdict [concernant les Juifs], auquel on ne peut échapper: à savoir, que leurs intentions criminelles soient retournées contre eux et qu'ils soient exterminés " [mise en exergue ajoutée]. À Gaza et en Cisjordanie, les manuels de tous les niveaux scolaires louent le jeune homme qui choisit de devenir un 'shahid', un martyr pour la cause de la Palestine et de l'Islam. Et il s'en faut que les leçons s'arrêtent à la porte de la salle de classe. La télévision palestinienne invite ouvertement les enfants à se sacrifier. Dans un clip très diffusé, une image du garçonnet de 12 ans, Mohammed al-Dura - tué en septembre de l'année passée, dans un échange
 de tirs entre soldats israéliens et combattants palestiniens armés - apparaît, sur fond de paysage paradisiaque rempli de fontaines et de fleurs, tandis que l'enfant invite de la main ses amis à le suivre.
Au début du mois de juin, deux semaines après l'effondrement mortel d'un hall de salle de banquets, à Jérusalem, la télévision de l'Autorité Palestinienne diffusait un sermon du cheikh Ibrahim Madhi, qui demandait que "cette Knesset [Parlement israélien] tyrannique s'effondre [de la même manière] sur la tête des Juifs", et appelait la bénédiction sur "quiconque met une ceinture d'explosifs sur son corps ou sur celui de ses fils et plonge au milieu des Juifs". Des manifestations de masses scandant des slogans, brandissant des drapeaux israéliens et américains en flammes, ainsi que des combattants en armes, masqués et tirant des balles en l'air, renforcent le message. Il ne faut pas chercher plus loin pour comprendre comment les enfants grandissent avec le désir de devenir des bombes humaines - une initiative qui a bénéficié d'une nouvelle vague d'acclamations de la part des médias, après une explosion-suicide dans une discothèque de Tel Aviv, qui a coûté la vie à 21 Israéliens, et qui
, selon un scrutin récent, bénéficie de l'approbation de plus de trois-quart des Palestiniens. " Ce 'missile', écrivait un chroniqueur palestinien enthousiaste, parlant du terroriste-suicide, "avait une âme qui aspirait au martyre, un coeur qui embrassait la Palestine, et un corps qui piétinait tous les envahisseurs sionistes ".
L'antisémitisme virulent n'est pas moins essentiel pour maintenir en place les régimes les plus agressifs et les plus totalitaires de la région. Le prestige dont jouit maintenant Bashar Assad, de Syrie, dans l'ensemble du monde arabe, dérive en grande partie de ses dénonciations incessantes d'Israël et des Juifs. Pour sa part, Saddam Hussein, d'Irak, a fait savoir, à plusieurs reprises, qu'il était prêt à détruire " l'entité sioniste criminelle ". Et au cas où ses propres efforts n'y suffiraient pas, il est allé jusqu'à demander l'aide divine, en terminant son discours, lors du récent sommet arabe, par ce souhait vigoureux : " Que Dieu maudisse les Juifs ! "
Quant aux 'modérés', comme le Roi Abdullah, de Jordanie, et le Président Mubarak, d'Egypte, le fait qu'ils accordent une large liberté d'expression aux vitupérations antisémites leur permet de montrer leur bonne foi populiste, en témoignant de leur sympathie avec la "rue arabe". Approuvent-ils eux-mêmes de telles vues? Bien sûr que non, se hâtent-ils de déclarer, suggérant malhonnêtement qu'on ne peut rien y faire, puisque, sous leurs régimes, même les journaux appartenant à l'Etat et les stations de télévision ont le droit d'exprimer leur opinion.
Que les dirigeants arabes modérés soient restés silencieux face à l'antisémitisme croissant, c'est tout à fait compréhensible, à la lumière de l'ensemble de leurs propres actes en tant qu'hommes d'Etat. Il devrait en être autrement s'agissant des autorités morales et politiques occidentales, mais ce n'est pas le cas. Dans les jours qui ont suivi la diatribe antisémite d'Assad, à Damas, c'est en vain qu'on a attendu du pape - qui avait reconnu l'Etat d'Israël et visité le mémorial de l'Holocauste, à Jérusalem - qu'il émette une parole de protestation. L'incident aurait pu être, à bien des égards, [l'occasion d']une réédition du refus de Madame Hillary Clinton - alors première Dame des Etats-Unis - de rencontrer Suha Arafat, l'épouse du président de l'Autorité Palestinienne, qui, deux ans auparavant, lors d'une cérémonie à Ramallah, avait accusé Israël d'empoisonner délibérément l'air et l'eau palestiniens. Et si l'un ou l'autre des dirigeant rassemblés à la Conférence économique de Da
vos ont songé à protester publiquement contre les mensonges de Yasir Arafat, on ne trouve aucune trace de leur intervention en ce sens.
On peut considérer qu'à l'origine de ce silence général, il y a une forme subtile de racisme, ou ce que George W. Bush a appelé, dans un autre contexte, " l'intolérance raciale modérée des basses aspirations ". La suggestion implicite est que les Arabes sont un peuple retardataire, qu'il ne faut pas juger à l'aune des normes civilisées de l'Occident. Dans cette lecture, l'antisémitisme rabique n'est qu'un trait de la culture arabe, parmi d'autres - alors que cette dernière est souvent présentée, avec raison, comme l'une des plus civilisées et des plus sophistiquées du monde.
Beaucoup d'Occidentaux qui s'appliquent à ignorer les insultes et les mensonges scandaleux des Arabes à l'égard des Juifs, croient également qu'après tout, les griefs des Arabes envers les Juifs sont légitimes, quelque excessive que soit la manière dont [les Arabes] l'expriment parfois. Selon eux, une fois les demandes essentielles des Palestiniens ou des Syriens satisfaites, cette mentalité disparaîtra, leur haine d'Israël et des Juifs s'apaisera de même, du fait qu'elle est une manière de faire de la politique par d'autres moyens. Durant les années du processus d'Oslo, le gouvernement israélien lui-même a semblé partager cette conception, en ignorant de manière systématique les provocations verbales arabes incessantes, ou en leur trouvant des explications.
A défaut d'autre chose, nous aurons au moins appris, de la seconde Intifada, que les griefs du monde arabe envers Israël n'ont pas grand chose à voir avec les menus détails de la répartition du territoire et de l'autorité politique, mais qu'íls concernent, par contre, l'entièreté du projet sioniste et l'existence même d'un Etat juif au Proche-Orient.
Ce que les Occidentaux (y compris quelques Israéliens) refusent de prendre en compte - considérant qu'il s'agit d'une regrettable rhétorique - est au contraire l'expression exacte de ces griefs, dont le but n'est pas de parvenir à un accord, mais de l'empêcher. Car comment peut-on sceller un accord avec un peuple qui n'est constitué que de meurtriers d'enfants, d'ourdisseurs de conspiration mondiale, d'ennemis jurés de la vérité religieuse et historique, et de gens qui ont porté à sa perfection la brutalité nazie - un peuple qui, selon les autorités islamiques, doit être expulsé et mis à mort, les morceaux de leurs corps "étant pendus à tous les arbres et poteaux électriques"?
Non, l'antisémitisme au Proche-Orient n'est pas une autre manière de faire de la politique : il est une fin en soi.
Comment on fabrique des 'bombes humaines' par Fiamma Nirenstein, Commentary Magazine. Traduction de Menahem Macina pour CJE

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Intifada, une année, déjà...
Par Elie Barnavi   Publié le 27 septembre 2001, page 17
Juillet 2000. Dans le huis clos de Camp David, Yasser Arafat, Ehud Barak et leurs collaborateurs sont réunis sous la houlette du président Clinton. Il s'agit de démêler en quelques jours un écheveau vieux d'un bon siècle et que dix ans d'un laborieux processus de paix n'ont fait qu'entamer.
La tâche est rude, peut-être impossible. Certes, n'en déplaise à la mode en vogue dernièrement, il se passe à Camp David des choses intéressantes. On y met sur la table des sujets jusque-là tabous, les implantations, Jérusalem. Les Israéliens avancent des propositions inédites, que le monde entier, on l'a un peu oublié depuis, tient pour audacieuses. Mais la rencontre est mal préparée, mal engagée, handicapée par les relations tendues entre les deux principaux protagonistes. Ceux-ci se trouvent en outre entravés par d'énormes difficultés internes: le Palestinien est arrivé à Camp David en traînant les pieds, peu assuré d'une opinion publique exaspérée par les lenteurs d'un processus interminable qui n'a pas tenu ses promesses; l'Israélien, qui a poussé à la roue, est venu, lui, soutenu par la plupart de ses concitoyens mais avec une courte majorité parlementaire. Sans même parler de la volonté d'aboutir - j'y reviendrai -, les ingrédients du succès, à savoir le temps, la confiance et le soutien des mandants, manquent cruellement. C'est l'échec.
Pour le président de l'Autorité palestinienne, la question qui se pose dès lors est comment améliorer une offre israélienne à l'évidence insuffisante. L'objectif est toujours de signer une paix en bonne et due forme avec Israël, mais en obtenant de meilleures frontières, une souveraineté mieux définie à Jérusalem et une forme quelconque de reconnaissance de ce fameux «droit au retour», faute de quoi il sera incapable de «vendre» cette paix à son peuple. Comment s'y prendre? En recourant à la violence révolutionnaire. La première intifada l'a emmené à Madrid, la seconde l'emmènera à Taba. Avec ce calcul en tête, il déclenche les troubles du 29 septembre (je dis bien 29 septembre, car la veille, jour de la visite d'Ariel Sharon sur le mont du Temple, il ne s'est pratiquement rien passé), tout en continuant de négocier. Le but, n'est-ce pas, est de parvenir à de meilleurs termes, pas de tout faire capoter. En effet, au milieu des violences, la négociation va bon train. A la base de Bolling déjà, le 23 décembre, Arafat a endossé le plan Clinton, qui dessinait les paramètres acceptables pour les deux parties d'un accord de paix éventuel. Enfin, à Taba, en janvier, il obtient ce qu'il souhaitait: un Etat palestinien d'un seul tenant sur l'essentiel des territoires occupés par Israël depuis la guerre des Six-Jours, une compensation territoriale pour le reste, la souveraineté sur les quartiers arabes de Jérusalem, un règlement honorable du problème des réfugiés. Il sait qu'il vient de saisir l'histoire à la gorge. L'Etat palestinien souverain qu'il n'aurait jamais obtenu des frères arabes, il l'a obtenu de l'ennemi sioniste, les armes à la main. Ce n'est pas tout le rêve palestinien; mais, en homme d'Etat, il sait que le rêve doit donner du sens à la réalité, jamais s'y substituer.
Il reste un problème de taille: Ehud Barak, que tous les sondages donnent perdant aux élections imminentes, a-t-il les moyens politiques d'honorer ses engagements? Sans doute pas, mais tant pis. En forçant la signature ne serait-ce que d'un accord-cadre, en annonçant urbi et orbi que Taba a tenu ses promesses et en ordonnant la cessation immédiate des violences ainsi que des discours de haine qui émaillent la presse palestinienne, il préserve l'avenir. Il dispose de l'appui de l'Administration américaine, de l'Union européenne et, surtout, de l'ensemble du camp de la paix israélien. Il sait, en effet, que c'est là que se trouvent ses meilleurs alliés. Désormais, quel que soit le gouvernement en place à Jérusalem, il lui sera impossible de faire comme si Taba n'avait jamais existé...
Le lecteur aura compris: si le résumé de Camp David relève de l'histoire, tout le reste est, hélas, de l'histoire-fiction. Reprenons le fil des événements. On s'en souvient peut-être, le monde entier tient responsable de l'échec de Camp David le président de l'Autorité palestinienne. De fait, l'homme s'est contenté de dire non à tout ce qu'on lui proposait, sans se donner la peine d'avancer ses propres souhaits. Et, une fois l'échec consommé, la question qu'il se pose n'est pas «comment améliorer l'offre israélienne», mais comment se sortir de ce mauvais pas? Autrement dit, comment rétablir en sa faveur une opinion internationale déchaînée et une opinion palestinienne amère et manifestement hostile à tout compromis? La réponse sera la même que dans le scénario-fiction: en recourant à la violence révolutionnaire. Mais le point d'aboutissement devra être différent: si la première intifada l'a emmené à Madrid, la seconde l'y ramènera. Ce qu'il cherche désormais, c'est l'internationalisation du conflit. Il a deux modèles en tête, à ses yeux complémentaires: le Sud-Liban, où, pense-t-il, une poignée de combattants déterminés ont forcé pour la première fois Tsahal à une retraite sans accord; et le Kosovo, où la communauté internationale est intervenue sur le terrain pour faire le ménage et donner la victoire à la partie la plus faible.
Il n'est donc pas question de reconnaître les acquis de Taba: ses lieutenants ont beau affirmer qu'on n'a jamais été aussi proche d'un accord, lui préfère traiter Barak de fasciste devant le gratin du monde assemblé à Davos. Il n'est pas question non plus d'arrêter l'incitation à la haine, qui atteint des sommets inconnus auparavant. Et il n'est surtout pas question de mettre un frein à la violence, mais de l'intensifier.
Une année plus tard, le bilan se révèle désastreux. A l'heure où j'écris ces lignes, au lendemain du dernier en date, et peut-être le premier sérieux, des cessez-le-feu qui ont jalonné de leur impuissance «l'intifada des mosquées», 815 malheureux, dont 625 Palestiniens, ont payé de leur vie la stratégie bizarre du raïs. L'économie palestinienne est en lambeaux, la misère règne, le pays est livré aux bandes armées qui font dans la surenchère nationaliste et/ou intégriste. Arafat a certes conservé son aura de chef incontesté du mouvement national palestinien; mais des voix de plus en plus nombreuses et fortes s'élèvent dans son propre parti pour demander où les mène cet homme dont les intentions sont devenues opaques pour ses plus proches conseillers.
C'est que rien ne s'est passé comme il l'entendait. Remarquable tacticien, il s'est révélé piètre stratège. Comme tous les détenteurs du pouvoir absolu, Arafat comprend mal les ressorts de la démocratie libérale, en confondant volontiers divergences d'opinion et débilité du corps social. Or le terrorisme non seulement n'a pas entamé la cohésion de la société israélienne, il l'a renforcée. En faisant contre lui l'unité des Israéliens, il perdait tout espoir de gagner cette guerre à l'usure.
Surtout, l'internationalisation du conflit s'est révélée une chimère. Pourquoi? D'abord, parce que Sharon a refusé de se couler dans le moule que les Palestiniens, le monde arabe et une opinion mondiale avide de clichés ont préparé à son intention. Déterminé à éviter le piège qu'on lui tendait, le gouvernement d'Union nationale a dosé ses ripostes en limitant autant que faire se pouvait les dégâts. Ensuite, parce que les Etats-Unis ont refusé de jouer à ce jeu-là et que, sans eux, il n'y a pas d'internationalisation possible. Aussi, parce que la violence, physique et verbale, a fini par se retourner contre ses auteurs. L'entreprise de délégitimation d'Israël a tourné court à Durban. Et l'on peut dater du 1er juin, date de l'attentat-suicide de la discothèque de Tel-Aviv, le commencement de la fin de «l'intifada des mosquées».
Enfin, le raïs a joué de malchance. Les bombes volantes qui ont enseveli des milliers d'innocents à New York et à Washington l'ont mis du même coup devant le dilemme qu'il a si mal résolu voici une décennie, au moment de la guerre du Golfe. Cette fois, il semble avoir mieux choisi son camp. Or ce choix implique l'abandon irrévocable de la violence et le retour à la négociation, aussi longue, âpre et difficile soit-elle.
Il est malheureux qu'il ait fallu tant de douleur pour allumer une petite lueur d'espoir; il serait criminel de la laisser s'éteindre.
Elie Barnavi est ambassadeur d'Israël en France.

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Déconcertant progressisme par Alain Finkielkraut,  
Trois semaines ont passé depuis le 11 septembre et déjà la stupeur se dissipe, l'examen de conscience succède à l'épouvante. A peine entrons-nous dans la période du deuil que la pensée progressiste s'affaire à instruire le procès de la puissance américaine.
Il n'y a pas de fumée sans feu, dit le Tribunal, pas de révolte sans bon motif, pas de terrorisme pour rien. L'Amérique n'a été si spectaculairement frappée que parce qu'elle est coupable. Coupable d'étrangler la population irakienne par un embargo qui a déjà fait des centaines de milliers de morts. Coupable de n'avoir pas signé le protocole de Kyoto visant à réduire l'émission de gaz à effet de serre. Coupable d'avoir fabriqué les talibans, et Oussama Ben Laden. Coupable de faire payer aux Arabes un crime commis par les Européens, en leur imposant l'Etat d'Israël. Coupable, quand il ne l'instrumentalise pas, d'humilier l'islam. Coupable de ne pleurer que ses propres victimes et de se laver les mains de catastrophes bien plus graves, comme le génocide du Rwanda, en les baptisant "crises humanitaires". Coupable donc de surenchérir par le racisme lacrymal sur son impérialisme sans pitié.
On se prend à penser, devant ce réquisitoire monumental, qu'il n'existe sur la terre aucune injustice dont le pays de la bannière étoi- lée puisse se dire innocent. Tout le mal lui revient, à lui et à nous, nous Occidentaux, nous Européens, dans la mesure où nous faisons bloc avec les Américains et où nous versons les mêmes sanglots discriminatoires.
Une telle agressivité pénitente reconduit, en l'inversant, l'arrogance qu'elle dénonce. Pour le bien de l'humanité hier et pour son plus grand malheur aujourd'hui, l'Occident prend toute la place : l'autre n'est qu'un comparse, un figurant, un ectoplasme ou, au mieux, un symptôme.
Mais pour qu'un tel raisonnement tienne le coup, il faudrait d'abord que les deux seules actions militaires entreprises par l'OTAN depuis sa création n'aient pas eu pour objectif de rompre avec l'inertie de la communauté internationale ou, plus précisément, des non- Occidentaux face à la situation désespérée des peuples majoritairement musulmans de Bosnie-Herzégovine et du Kosovo. Et puis, il faudrait surtout que la colère islamiste soit dirigée contre ce que l'Occident a de pire : la rapacité financière, la consommation effrénée, l'égoïsme du bien-être. Or les commanditaires des pieux carnages du 11 septembre et leurs admirateurs n'ont aucunement le souci de remédier à la misère du monde ou de sauvegarder la planète : le réchauffement climatique est le cadet de leurs soucis. Ils haïssent l'Occident non pour ce qu'il a de haïssable ou de navrant, mais pour ce qu'il a d'aimable et même pour ce qu'il a de meilleur : la civilisation des hommes par les femmes et le lien avec Israël.
C'est le destin claquemuré qu'ils font subir aux femmes, le mépris où ils les tiennent et le désert masculin de leur vie qui rend fous les fous de Dieu : fous de violence, fous de hargne et de ressentiment contre le commerce européen des sexes, contre l'égalité, contre la séduction, contre la conversation galante ; fous, enfin, du désir frénétique de quitter la terre pour jouir de l'éternité dans les jardins du Paradis où les attendent et les appellent des jeunes filles "parées de leurs plus beaux atours".
Quant au lien profond, malgré toutes les vicissitudes, entre les Etats-Unis et Israël, il a donné assez de crédit au président Carter pour négocier, en 1978, la restitution à l'Egypte de sa souveraineté sur le Sinaï, et assez de poids au président Clinton, vingt-deux ans plus tard, pour convaincre le gouvernement d'Ehoud Barak de partager Jérusalem suivant la formule : tout ce qui est arabe est palestinien, tout ce qui est juif est israélien. Shlomo Ben Ami, le principal négociateur israélien de Camp David, a raison d'écrire : "Aucun pays européen, aucun forum international n'a fait pour la cause palestinienne ce que Clinton a fait pour elle."
Mais son chef, Yasser Arafat, voulait plus que ce partage de Jérusalem et que la création d'un Etat palestinien. Avec la revendication du droit au retour, il s'est placé dans la perspective de la lente absorption de l'Etat juif par l'islam. Peut-être n'est-il pas trop tard. Peut-être les protagonistes seront-ils capables ou contraints de s'arracher à la logique de l'affrontement malgré l'amertume et la méfiance accumulées. Une chose est sûre, en tout cas : aux yeux des fondamentalistes high-tech qui ne désirent rien tant que la montée aux extrêmes, l'Amérique incarne la menace du compromis, c'est-à-dire du sacrifice pour la paix d'une partie de la terre de Palestine.
C'est donc mentir que d'expliquer et de justifier la fureur du sentiment anti-américain par le soutien indéfectible de la Maison Blanche à la politique "fasciste", "colonialiste", voire "génocidaire" d'Israël. Quant à prétendre, comme tel expert en géostratégie entendu l'autre jour à la télévision, que le mouvement palestinien, pacifique et démocratique dans l'âme, est contraint aux attentats-suicides par la brutalité de l'occupant, c'est délivrer un brevet de légitime défense au combattant de la guerre sainte qui affirme que "tout juif est une cible et doit être tué".
Le nom d'Israël accablé de la responsabilité de l'antisémitisme dans sa version meurtrière et de la terreur qui s'est abattue sur le sol américain : voilà où nous en sommes ; voilà ce que le progressisme a fait de la pensée critique ; voilà ce qu'est devenue l'aptitude à se mettre soi-même en question et à sortir de son exclusivisme qui a longtemps constitué le trait distinctif de l'Occident, et sa force spirituelle.
Alain Finkielkraut est professeur à l'Ecole polytechnique.
© Libération, 2001.

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Les nouveaux visages de l'antisémitisme  Pierre-André Taguieff Le Figaro du 8 octobre 2001
  Jamais, dans la France d'après-guerre, les amalgames antijuifs n'ont circulé  dans autant de milieux sociaux en rencontrant aussi peu de résistance  intellectuelle et politique. Un mythe répulsif s'est internationalement  construit durant le dernier demi-siècle sur la base d'une figure démonisée :  »les Juifs-Israéliens-sionistes », inscrite dans une opposition manichéenne  massivement diffusée : les victimes innocentes (Arabes-Palestiniens)/les  bourreaux sanguinaires (Juifs-Israéliens). Pour fonctionner avec une  efficacité maximale, ce motif de propagande s'articule à des amalgames  polémiques en rafales : Juifs=sionistes(=Israéliens) ; sionisme=colonialisme  et racisme ; Sharon=Hitler ; Israéliens=nazis.
 Les vieilles rhétoriques dites « antiraciste », »antiimpérialiste »et «  antifasciste » sont ainsi instrumentalisées, permettant de construire la  figure absolument diabolisée qu'est le Satan composite : Etats-Unis/Israël/  Occident. On y reconnaît la nouvelle grande vision populiste d'extension  mondiale : les méchants « riches » contre les bons « pauvres »
 Il s'ensuit que tous les ennemis des « sionistes » sont en même temps les  ennemis des « Américains » et que ces ennemis ne sont que des « victimes «  qui sont en état de légitime révolte. L'islamisme est l'anticapitalisme des  illuminés ,métamorphosés en fanatiques par le ressentiment contre l'Occident  (catégorie incluant l'entité sioniste), dont l'hégémonie de fait est perçue  par ces derniers comme une insupportable provocation. Le stéréotype du «  Juif riche », ainsi recyclé, fit oublier la réalité des milieux  ploutocratiques, qui, en particulier dans le monde arabo-musulman, financent  les réseaux islamistes et nombre d'organisations terroristes. La nouvelle  mythologie antijuive se fonde ainsi sur un dualisme manichéen structurant  l'opposition des deux entités : les Juifs méchants par nature/les  Palestiniens innocents par nature, ces deux types essentialisés étant  interprétés , selon divers couples d'opposés permettant de développer en  récit l'antithèse qu'ils forment : « bourreaux/victimes »,«  dominateurs/dominés »/ »oppresseurs/opprimés ».Or, cette série d'oppositions  est en train d'être religieusement colorée par le schème «  non-musulmans/musulmans », lequel permet d'installer l'antithèse de style  islamiste.
 « Occidentaux/croyants ». La lutte contre l' »impérialisme américain »,  conduite naguère par les nationalistes et les marxistes du monde arabe, peut  ainsi être traduite en novlangue islamiste et célébrée comme combat final  contre les « judéo-chrétiens ».
 L'hypothèse a été justement faite qu'après la guerre des Six jours( juin  1967), un « nouvel antisémitisme » avait entamé sa carrière autour d'un  mythe conspirationniste que j'ai appelé l' »antisionisme absolu », dont les  deux grands foyers étaient le monde arabo-musulman et l'empire soviétique.  On y retrouvait ,agglutinés autour des figures démonisées d'Israël et du  sionisme (un « sionisme « fantasmé) un certains nombre de thèmes  d'accusation antijuifs traditionnels : les Juifs complotent, ils visent la  conquête du monde par tous les moyens, ils sont cruels et sanguinaires par  nature ( d'où la réactivation de vieilles légendes : celle du « meurtre  rituel « , celle de l'empoisonnement de l'eau ou des aliments), etc. les  multiples rééditions « actualisées » du célèbre faux, Les Protocoles des  sages de Sion et leur diffusion massive dès l'automne 1967, témoignent de  l'émergence de cette configuration judéophobe.
 Il n'est pas exagéré de supposer que ,depuis la fin des années 90, une  seconde vague de »nouvel antisémitisme » balaie la planète, touchant  l'Afrique non moins que l'Asie, radicalisant et accélérant le passage de  droite à gauche des motifs judéophobes, qui ne cessent en outre de s'  »islamiser ».
 Les principales caractéristiques de cette judéophobie planétaire sont les  suivantes :
 1) Instrumentalisation massive et virulente de l'antiracisme à des fins  antijuives, ce qu'a monstrueusement illustré la conférence des Nations unies  contre le racisme tenue à Durban (début septembre 2001)
 2) Banalisation des représentations et des arguments annexes du  négationnisme (dénonciation de la « Shoah business »,etc)
 3) Légitimation empruntée non seulement au vieil antiimpérialisme de style  tiers-mondiste et à l'antiaméricanisme démonologique, mais aussi aux  critiques radicales de la mondialisation néo-libérale.
 4) Interactions avec la vision islamiste du monde (disons la vision  panislamiste), dont la stigmatisation d'Israël en tant que « petit Satan «  vient se mêler aux représentations démonisantes à l'occidentale du «  sionisme » Le nationalisme juif au contraire du nationalisme palestinien («  juste lutte « de « libération nationale ») est accusé tour à tour ou  globalement d'être un « colonialisme », un » impérialisme », un « racisme »,  un « fascisme » !
 La détestation croissante de la figure mythique »Juifs-Israéliens-sionistes  » suit les voies de l'expansion de l'islam, la haine antijuive s'étend,  tandis que se normalise quelque chose comme une nouvelle fascination de  l'Islam, d'extension planétaire.
 C'est là un fait psycho-social, politico-culturel et géopolitique sur lequel  il convient de s'interroger précisément. Il n'autorise pas à sommairement  assimiler religion musulmane et islamisme, lequel doit être identifié et  dénoncé comme un dévoiement fondamentaliste de l'Islam et un mode  d'instrumentalisation du produit de cette corruption idéologique ,portant  sur des croyance religieuses respectables en leur ordre. L'islamisme est une  politisation biaisée des textes fondateurs de l'Islam. Ce qui peut  s'observer, et qui est fort inquiétant, c'est la multiplication des zones  d'équivocité où sont indéterminables les frontières entre islam et  islamisme.
 Or, ces zones d'équivocité sont aussi des zones de basculement, où les  convictions peuvent se traduire en mobilisations violentes ou en actes  terroristes. Dans le cas du christianisme, par exemple, la frontière entre  intégrisme et non-intégrisme est devenue claire, certes fort tardivement(  dans la seconde moitié de XXème siècle), et ce grâce à un consensus de base  sur le principe de laïcité et à l'intériorisation , par les citoyens des  sociétés démocratiques/libérales, des valeurs individualistes/pluralistes.
 La tâche la plus urgente, dans les pays de culture musulmane, est de  favoriser le passage de régimes autoritaires ou despotiques à des Etats de  droit respectant le principe de séparation des sphères (respectivement  religieuse et publique) qu'est le principe de laïcité. La question est  sociale et politique plutôt que civilisationnelle.
 Par ailleurs, mais d'une façon convergente, dans les démocraties  occidentales, la légitime défense « antiraciste »des populations immigrées  contre les réactions xénophobes s'est subrepticement -certes partiellement  -transformée en complaisance à l'égard des visions « antisionistes »  équivoques fort répandues dans les milieux de l'immigration d'origine  maghrébine et africaine, cette complaisance pouvant aller jusqu'à la  connivence et à l'empathie. C'est ainsi qu'aujourd'hui une forte  imprégnation judéophobe marque une partie significative de la gauche et de  l'extrême gauche des pays occidentaux.
 Il importe ici de rappeler la distinction entre une légitime critique-  lorsqu'elle est rationnellement argumentée - de la politique israélienne et  le rejet inconditionnel d'Israël fondé sur son irrationnelle satanisation.  Une certaine manière de fantasmer en même temps -au nom du partis pris en  faveur des « victimes » ou des « exclus »-la « lutte contre le racisme « et  la « lutte contre la mondialisation » conduit nombre d'individus , sans  toujours le savoir ni le vouloir, à rejoindre ,portés par la passion «  antisioniste », le nouveau camp des antijuifs, où les déclarés restent  cependant infiniment moins nombreux que les non-conscients et les masqués.
 On peut en reconstituer l'argument implicite fondamental : « Si Israël  n'existait pas, la paix et la justice règneraient au Moyen-Orient » auquel  s'ajoute l'argument subsidiaire selon lequel le terrorisme islamique  n'aurait, par effet de cette non-existence plus de justification ni même de  raisons d'être ( ce qui présuppose qu'il a actuellement des raisons  d'exister. !). La conclusion pratique et programmatique d'une telle  argumentation peut être ainsi explicitée : « Israël est un pays en trop et  doit disparaître ». On a déjà entendu, dans un passé qui n'est pas si  lointain, l'argument du même type : »Si les Juifs n'existaient pas, il n'y  aurait pas d'antisémitisme ». Et la terrible conclusion normative pouvait  être logiquement déduite : »Les Juifs doivent disparaître ». La préférence  pour la cause palestinienne ,lorsqu'elle devient exclusive et glisse vers  l'absolu, bref le propalestinisme mystico-mythique, se révèle comme le  vecteur de cet antisionisme absolu qui constitue l'une des nouvelles  manifestations de la judéophobie.
 On constate un étrange et inquiétant aveuglement des milieux politiques  (surtout à gauche) non moins que médiatiques, en France, sur les nouvelles  manifestations de la haine antijuive dans les populations issues de  l'immigration maghrébine et africaine, bref parme les « jeunes des banlieues  ». Ceux qui ont entendu des slogans du type « A mort les Juifs ! » dans une  manifestation parisienne , en octobre 2000, organisée (à le République) en  solidarité avec les Palestiniens et au nom d'un « antiracisme » dévoyé ont  compris que l' antisionisme et la détestation d'Israël cachaient de moins en  moins une judéophobie ordinaire, dont les expressions publiques et  flagrantes sont fort gênantes pour ceux qui les partagent à tel ou tel  degré.
 Et pourtant, le silence recouvre de telles manifestations de haine, un  silence qui contraste avec le bruit médiatique provoqué il y a peu par la  moindre des provocations xénophobes de style lepéniste, pourtant très  euphémisées.
 On a pourtant de bonnes raisons de penser que cet aveuglement des élites de  la représentation et de la communication est le plus souvent volontaire et  qu'il est motivé non seulement par le « politiquement correct » à la  française, mais encore par de cyniques calculs électoraux. Tout se passe  comme s'il ne fallait surtout pas évoquer la multiplication des petits actes  antijuifs dans les « quartiers » (menaces, agressions), comme s'il était  impératif de ne pas s'interroger sur tel ou tel incendie de synagogue,etc.
 On entend parfois des « responsables » déclarer qu'il convient de « ne pas  jeter de l'huile sur le feu », d'autres suggérer qu'il ne faut surtout pas  provoquer ni désespérer ces nouveaux « Billancourts » que sont les «  banlieues ». Elégantes justifications de ce qu'il faut bien appeler une  désertion, un lâche évitement d'une situation qu'on laisse pourrir.  L'antisémitisme et la xénophobie anti-immigrés de style néo-fasciste  provoquent de violentes -et justifiées- réactions d'indignation, la  judéophobie d'obédience islamiste semble idéologiquement inaudible ou  négligeable.
 S'il faut éviter à tout prix de pratiquer l'amalgame entre islam et  islamisme ( ou entre islam et terrorisme), il convient tout autant de  dénoncer l'amalgame entre Juifs, « sionistes » et « nazis » (ou racistes).  Or, dans l'espace public, on n'entend guère de voix qui s'élèvent contre les  amalgames polémiques visant les Juifs.
 La lutte contre l'antisémitisme, fixée sur le passé nazi depuis un  demi-siècle s'est endormie dans les discours commémoratifs et un  pseudo-antiracisme édifiant pour conférences internationales consensuelles.
 Revenons au réel. L'installation planétaire progressive depuis, les années  60, d'une mythologie antijuive centrée sur la démonisation d'Israël et du «  sionisme » aujourd'hui portée et diffusée par les milieux islamistes  transnationaux, devrait constituer un objet privilégié de la vigilance  antiraciste et motiver des enquêtes approfondies. Au devoir et au travail de  mémoire, légitimes dans leur ordre ,doivent s'ajouter un travail et une  réflexion sur les menaces émergentes , en vue d'agir sur leurs causes et  leurs facteurs contextuels et d'en limiter les effets dévastateurs.
 Il faut, sans plus attendre, que les citoyens qui refusent l'intolérance et  le fanatisme commencent par ouvrir les yeux sur la situation présente,  qu'ils osent enfin s'interroger sur ce qu'il convient de faire pour empêcher  l'extension et la banalisation de cette terrible maladie de l'âme qui n'en  finit pas de renaître à travers ses métamorphoses idéologiques , la haine  antijuive.

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Israël-Palestine : les chemins d'une autre paix
Alexandre Adler  + LE MONDE | 08.11.01
Enfin la paix paraît à portée de vue entre Israël et la Palestine, ces deux entités aussi floues dans leurs contours que réelles dans leurs existences en conflit. Il y avait depuis 1992 une dissymétrie profonde dans la recherche de cette paix : victoire narcissiquement édifiante pour Israël, même payée d'un bon prix ; défaite humiliante, même compensée sur un plan matériel, pour les Palestiniens. L'Histoire avance bien par son mauvais côté : par la combinaison de l'Intifada des mosquées et de la guerre du 11 septembre, les points de vue se sont, enfin, étrangement rapprochés. Israël marche désormais à reculons vers la paix, exactement comme les Palestiniens jusqu'alors, et l'approche de celle-ci ne provoquera pas même le soulagement qu'éprouvent des belligérants humiliés mais heureux de la paix enfin assurée ; car la sécurité d'Israël demeurera menacée, jusqu'à un certain point, dans l'incertitude régionale.
De leur côté, les Palestiniens ne raisonnent plus tout à fait en termes de défaite, non seulement parce que l'Intifada leur a restitué une unité politique et un honneur guerrier qui avaient été mis à mal, mais surtout parce que le défi d'Oussama Ben Laden vient de leur conférer de nouveau une dimension panarabe que leur obsession d'Israël leur avait fait perdre peu à peu depuis 1992.
Il ne s'agit plus seulement aujourd'hui de Jérusalem, mais aussi de La Mecque. On sait que l'acte de changer la direction de la prière, de Jérusalem vers La Mecque, la Qibla en arabe, est l'occasion d'une grande fête de l'islam ; cette Qibla palestinienne est aussi le moment de la lucidité retrouvée : Arafat est désormais dans le même bateau que Moubarak, la maison de Saoud et les Hachémites de Jordanie. A lui de ne pas le faire chavirer inconsidérément, et un grand prestige interarabe lui sera accordé pour finir sa carrière. A l'inverse, Sharon et Pérès sont, eux aussi, à présent dans le même bateau que Bush et Blair, et c'est aux Etats-Unis de se manifester par une garantie nouvelle, militaire et politique à Israël, qui compensera ce qu'on lui demande à présent de favoriser : l'Etat palestinien, tout simplement.
Le processus de paix israélo-palestinien, fruit de cette ère "des bons sentiments" qu'ouvrit la chute du communisme soviétique, fut chez les juifs l'occasion d'une débauche de guimauve adolescente, tardive et provinciale.
Longtemps snobée, malgré les efforts de ses cousins new-yorkais mieux introduits, l'intelligentsia israélienne s'abandonna avec délices aux caresses du Printemps de la paix : c'était le TGV Alexandrie-Istanbul, rêvé par Pérès, qui s'arrêtait en gare de Tel-Aviv pour y déverser son flot de touristes égyptiens supposés prospères, c'étaient les entreprises mixtes israélo-arabes qui diffusaient capital et technologies depuis Khartoum jusqu'à Basra, c'étaient la nouvelle cuisine et la nouvelle chanson métissées de Jaffa, rendues à leur multiculturalisme, c'était le révisionnisme historique général qui, en fournissant des excuses polies et modérées à l'interlocuteur palestinien, allait à son tour, idée de génie de Yossi Sarid, entraîner celui-ci à modérer sa propagande, un peu mensongère tout de même, et provoquer une réconciliation bien émouvante, digne d'un tableau de Greuze, où des Palestiniens enfin touchés de tant de bons sentiments, dispensés à l'étalage, allaient sans doute tomber dans les bras des sionistes et leur fournir gratis la position de peuple-guide de tout le Moyen-Orient! La belle jeunesse israélienne politiquement correcte et Harvard trained ne comprenait pas à quel point elle était sans commune mesure plus odieuse encore à l'opinion palestinienne que ses pères désespérés, héroïques et durs comme de la pierre, de cette belle pierre lituanienne dont on fit ailleurs la prise du palais d'Hiver ou les romans épiques à la Vassili Grossman.
Pour les Palestiniens, en effet, la paix était d'abord le fruit d'une triple défaite : l'effondrement de l'allié soviétique, rallié désormais au sionisme, comme l'a confirmé Poutine, l'écrasement de l'Irak de Saddam Hussein, l'insignifiance progressive du cartel pétrolier de l'OPEP. Pris dans cet étau, Arafat avait dû ruser tel Louis XI à Péronne avec Charles le Téméraire. Et l'Etat palestinien qu'on obtiendrait ne serait qu'un pourboire dégradant, lâché par un président américain à la recherche tenace d'un prix Nobel de la paix. C'est ce qu'écrivaient les intellectuels palestiniens tous les jours. Tel était le bois sec dont s'est allumé le brasier de l'Intifada, et si les termes actuels de la paix ne sont pas substantiellement modifiés par rapport à l'offre américano-israélienne de l'été 2000, c'est en revanche toute la symbolique qui s'est modifiée.
AMERTUME
Les Palestiniens auront leur Etat sans avoir à se déclarer réconciliés avec Israël : Arafat a rompu son engagement de 1992 à renoncer aux violences, Arafat n'aura pas à modifier la charte de l'OLP, l'Etat palestinien, comme le Free State irlandais de 1920, continuera à réclamer la totalité du territoire et concrètement le droit au retour pour tous les Palestiniens à Jaffa et à Saint-Jean-d'Acre. Sans aucun effet pratique, évidemment. Mais ce sont les mots qui comptent. Les manuels scolaires continueront pendant un temps à répandre une haine inextinguible du juif, et les Israéliens affairistes ou politiquement corrects qui s'aventureront à faire du tourisme à Tulkarem ou à Hébron seront régulièrement assassinés. En échange, Israël restituera 95 % des territoires hors Jérusalem.
Désormais, tous les Israéliens trouveront cette paix, qui continuera à leur fermer le reste du monde arabe, Egypte comprise, aussi amère que l'avait été leur retrait forcé du Sinaï par Eisenhower en 1958. Mais c'est précisément cette amertume qui permettra à Arafat et à ses successeurs de faire passer le compromis historique viable : deux défaites stratégiques, celle de la charte palestinienne et celle de Shalom Arshav (La Paix maintenant), le véritable surmoi naïf d'Israël, pouvant engendrer pour un temps une victoire vraie, celle de la raison politique machiavélienne. Mais un temps seulement : car les peuples ne peuvent pas s'émanciper durablement avec un surmoi amputé.
ÉLÉMENTS DE CONSTRUCTION
Il faut aussi que soient édifiés des éléments de construction qui permettent aux deux peuples de voir leur avenir en termes moins cyniques : plutôt que de vouloir commencer à Jérusalem, où le statu quo semble tenable – grâce, notamment, à l'industrie du tourisme et à la sécurité sociale israélienne garantie aux Palestiniens ainsi qu'à la partition de facto et à l'emprise réelle de l'Autorité palestinienne sur les siens –, le geste décisif pour les Palestiniens ne serait-il pas de leur donner les bases d'un nouveau Tel-Aviv, gage de leur réorientation vers le monde arabe, le reste du monde pour finir ? Ce Tel-Aviv du futur est bien sûr à Gaza, qu'il faut transformer en quelques mois en un port de mer viable, un aéroport international et une ville de commerce.
Plus fondamental encore : il faudrait rouvrir en première priorité la route directe Gaza-Hébron, créée en 1989 par Shlomo Ben Ami lorsqu'il était ministre de l'intérieur de Barak, et la placer en position d'extraterritorialité vis-à-vis d'Israël. Cette respiration de Gaza ne concernerait pas les seuls Palestiniens : un automobiliste égyptien pourrait ainsi se rendre en une journée d'Ismaïlia à Damas par Hébron, Jéricho et Amman sans jamais rencontrer un seul Israélien. C'est de cela que les Arabes ont besoin : oublier Israël et bâtir sérieusement une grande confédération arabe, où ils auront un grand rôle à jouer en tant qu'Etat. Le reste viendra par surcroît.
Et Israël : comme Jonas, vivant dans une mer salée, il retirerait de cette paix apparemment précaire un peu de tranquillité et de cohésion, mais surtout des garanties militaires américaines absolues et définitives qui transformeraient son espace en une portion de l'espace stratégique des Etats-Unis. Ce mandat, plus solide que celui de la Grande-Bretagne, combiné à une alliance ouverte et non moins solide avec la Russie de Poutine, permettrait à une nouvelle génération qui s'unifierait dans cet objectif de relever de leur lourd fardeau les deux fils bouillants et myopes de David Ben Gourion que sont, pour le meilleur et pour le pire, Shimon Pérès et Ariel Sharon. Un Israël préservé et militairement intégré aux Etats-Unis, fondant sa croissance sur l'urbanisation et la technologie, recèle encore des trésors de créativité pour l'avenir, et même quelques opportunités importantes pour un monde arabe plus apaisé.
Alexandre Adler pour Le Monde

 

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Extraits des écrits du Dr Martin Luther King, 1967  Traduction française par N. Lipszyc  , "Letter to an Anti-Zionist Friend", in Saturday Review XLVII (Aug. 1967), p. 76. Reprinted in M.L. King Jr., This I Believe: Selections from the Writings of Dr. Martin Luther King Jr.
  "... Tu déclares, mon ami, que tu ne hais pas les Juifs, que tu es seulement antisioniste. A cela je dis, que la vérité sonne du sommet de la haute montagne, que ses échos résonnent dans les vallées vertes de la terre de Dieu : Quand des gens critiquent le sionisme, ils pensent Juifs, et ceci est la vérité même de Dieu.
            L'antisémitisme, la haine envers le peuple juif, a été et reste une tache sur l'âme de l'humanité. Nous sommes pleinement d'accord sur ce point. Alors sache aussi cela : antisioniste signifie de manière inhérente antisémite, et il en sera toujours ainsi.
            Pourquoi en est-il ainsi? Tu sais que le Sionisme n'est rien moins que le  rêve et l'idéal du peuple juif de retourner vivre sur sa propre terre. Le peuple juif, nous disent les Ecritures, vécut en union florissante sur la Terre Sainte, sa patrie. Ils en furent expulsés par le tyran de Rome, les mêmes Romains qui assassinèrent si cruellement Notre Seigneur. Chassé de sa patrie, sa nation en cendres, le peuple juif fut forcé d'errer sur le globe. Encore et encore, le peuple juif souffrit aux mains de chaque tyran qui vint à régner sur lui.
            Le peuple noir, sait, mon ami, ce que signifie souffrir les tourments de la tyrannie, sous un joug que l'on n'a pas choisi. Nos frères en Afrique ont supplié, plaidé, demandé, EXIGE la reconnaissance et la réalisation de leur droit naturel de vivre en paix sous leur propre souveraineté, dans leur propre pays.
            Pour quiconque chérit ce droit inaliénable de toute l'humanité, il devrait être si facile de comprendre, de soutenir le droit du Peuple Juif à vivre sur l'antique Terre d'Israël. Tous les hommes de bonne volonté se réjouiront de la réalisation de la promesse de Dieu, que son Peuple retourne dans la joie sur la terre qui lui a été volée. C'est cela le Sionisme, rien de plus, rien de moins. Et qu'est l'antisionisme ? C'est le déni au peuple juif d'un droit fondamental que nous réclamons à juste titre pour le peuple d'Afrique et accordons librement à toutes les nations de la terre. C'est de la discrimination envers les Juifs, mon ami, parce qu'ils sont Juifs. En un mot, c'est de l'antisémitisme. L'antisémite se réjouit de chaque occasion qui lui est donnée d'exprimer sa malveillance. L'époque a rendu impopulaire, à l'Ouest, de proclamer ouvertement sa haine des Juifs. Ceci étant le cas, l'antisémite doit à chaque fois inventer de nouvelles formes et de nouveaux forums pour son poison. Combien il doit se réjouir de la nouvelle mascarade! Il ne hait pas les Juifs, il est seulement antisioniste.
            Mon ami, je ne t'accuse pas d'antisémitisme délibéré. Je sais que tu ressens, comme je le fais, un profond amour pour la vérité et la justice, et une révulsion envers le racisme, les préjugés, la discrimination. Mais je sais que tu as été trompé, comme d'autres l'ont été, en te faisant croire que tu pouvais être antisioniste tout en restant fidèle aux  principes que nous partageons toi et moi du fond du coeur. Que mes paroles sonnent dans les profondeurs de ton âme : quand les gens critiquent le sionisme, ne te trompe pas, ils pensent les Juifs. "

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N'attrapons pas la haine,  par Amos Oz LE MONDE | 14.09.01 
Une vague de fanatisme religieux et nationaliste traverse actuellement l'islam: des Philippines à Gaza, la Libye, l'Algérie, sans compter l'Afghanistan, l'Iran, l'Irak, le Liban et le Soudan.
Ici, en Israël, nous subissons depuis longtemps les conséquences de cette fatale onde de fanatisme: nous sommes témoins de manière quasi quotidienne du lien effectué entre l'incitation à la haine et les assassinats de masse, entre les sermons religieux célébrant le djihad et sa réalisation via des attentats-suicides et les voitures piégées postées contre des civils innocents.
En tant que victimes du fondamentalisme arabe et musulman, nous sommes souvent pris d'aveuglement, oubliant que la montée de l'extrémisme religieux et chauvin n'emporte pas uniquement le monde de l'islam, mais existe aussi dans diverses régions chrétiennes, et même chez le peuple juif.
Si la terrible épreuve endurée par l'Amérique aujourd'hui découle de son image de "Grand Satan" que véhiculent certains mollahs et ayatollahs fanatiques, alors l'Amérique comme Israël – le "Petit Satan" – doivent se préparer à un combat long et difficile.
Le choc et la douleur n'empêchent pas une petite voix de murmurer à certains d'entre nous, ici en Israël: "Au moins, maintenant, ils vont comprendre ce que nous subissons ", ou: "Ils vont enfin nous soutenir". Cette petite voix n'est peut-être qu'une réaction humaine, mais elle est extrêmement dangereuse.
Elle pourrait nous faire oublier que, malgré le fondamentalisme musulman et le terrorisme arabe, rien ne justifie l'occupation persistante et l'oppression du peuple palestinien par Israël. Nous n'avons pas le droit de refuser aux Palestiniens leur droit naturel à l'autodétermination.
Deux vastes océans n'ont pu protéger l'Amérique du terrorisme; la Cisjordanie et Gaza, occupées par Israël, ne forment certainement pas un bouclier pour Israël – au contraire, elles compliquent et rendent plus difficile notre défense. Cesser cette occupation au plus tôt sera bénéfique aux occupés et tout autant aux occupants.
Il est aussi tentant qu'aisé de tomber dans toutes sortes de clichés racistes concernant la "mentalité musulmane" ou le "tempérament arabe", entre autres inanités. L'atrocité commise contre New York et Washington nous rappelle violemment qu'il ne s'agit pas d'une guerre de religion ni d'une guerre entre nations. Il s'agit, une fois de plus, d'une bataille entre des fanatiques pour qui la fin – qu'elle soit religieuse, nationaliste ou idéologique – sanctifie les moyens, et nous tous, pour qui la vie elle-même est sacrée.
Les sordides manifestations de joie à Gaza et à Ramallah alors que des gens étaient encore des torches vivantes à New York ne doivent faire oublier à tout être humain digne de ce nom que la grande majorité des Arabes et des musulmans n'est pas complice de ce crime et ne s'en réjouit pas.
La plupart d'entre eux sont choqués, attristés, comme le reste de l'humanité. Peut-être ont-ils d'ailleurs des raisons particulières d'inquiétude, car on entend déjà à certains endroits de laides expressions de sentiments antimusulmans sans discernement. Ces raisonnements ne forment pas une réponse appropriée aux attentats récents – au contraire ils ne font qu'obéir aux espoirs de leurs auteurs.
Ne l'oublions pas: ni l'Occident, ni l'islam, ni les Arabes ne sont le "Grand Satan". Le "Grand Satan", c'est la haine et le fanatisme. Ces deux maladies mentales ancestrales nous ensorcellent encore aujourd'hui. Alors soyons vigilants, ne les attrapons pas.

Amos Oz est écrivain.  (Traduit de l'anglais par Emmanuelle Rivière.)
©Amos Oz 2001.
Commentaire personnel sur cet article : Amoz Oz est un israelien de gauche bien connu pour ses penchants louables pour la paix. Même si l'idée présentée dans ce texte est louable, elle va trop loin. C'est vrai, il ne faut pas faire d'amalgame mais il ne faut pas non plus se voiler la face, la grande majorité des palestiniens soutient Ben Laden et est proche de ses théories. Ne pas tenir compte de cela c'est recommencer les mêmes erreurs que pendant les accords d'Oslo dont l'echec avait d'ailleurs à l'époque profondément affecté Amos Oz. 

 

 

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