Extraits
des écrits du Dr Martin Luther King, 1967 Traduction
française par N. Lipszyc. Démonstration faite
de l'équation : Antisionisme = Antisémitisme
Israël-Palestine
: les chemins d'une autre paix -Alexandre Adler + LE MONDE | 08.11.01
Les
nouveaux visages de l'antisémitisme Pierre-André
Taguieff Le Figaro du 8 octobre 2001
Déconcertant
progressisme par Alain Finkielkraut, ©
Libération, 2001.
Extraits
du sermon du 3 août du cheikh de la mosquée de Gaza (diffusé sur
la TV de l'Autorité Palestinienne) - 3 août 2001
Israël,
éternel coupable ? Bernard-Henri Lévy 31/08/2001
Qui
se soucie vraiment des Droits de l'Homme lorsqu'il s'agit des Arabes
palestiniens? Par Joseph Farah Traduit de l'anglais par le Dr Roger Roos -
Septembre 2001
Les
Juifs, le Sionisme et Israël dans les manuels scolaires syriens), Juin 2001
Enlèvement
des soldats israéliens: Israël accède à la bande vidéo Juillet 2001.
Ben
Laden se fiche des Palestiniens - Par FREDERIC ENCEL (LIBERATION 19 octobre
2001)
Comment on fabrique
des 'bombes humaines' par Fiamma Nirenstein, Commentary Magazine. Traduction
de Menahem Macina pour CJE
Intifada,
une année, déjà... Par Elie Barnavi Publié
le 27 septembre 2001, page 17
N'attrapons
pas la haine,
par Amos Oz LE MONDE | 14.09.01
Extraits
du sermon du 3 août du cheikh de la mosquée de Gaza
(diffusé sur la TV de l'Autorité Palestinienne) - 3 août 2001
Les extraits suivants, programmés sur la chaîne palestinienne, sont tirés
du sermon du vendredi 3 août 2001 donné par le cheik Ibrahim Madhi à la mosquée
Jilin de Gaza :
« A vous amants d'Allah ! Le Jihad va continuer, que ça leur plaise ou non.
- Un jeune homme m'a dit: « J'ai 14 ans. Il me reste quatre ans à vivre avant
que je ne me fasse sauter au milieu des Juifs. » Je lui ai dit: « Oh mon fils,
je demande à Allah de te donner et de me donner au martyre. »
- Oh amants de Allah, si seulement les Juifs savaient. que s'ils nous
bombardent, les Arabes bombarderont leurs villages et leurs villes, ils hésiteraient
mille fois.
- Le Coran est très clair là-dessus: les plus grands ennemis de la nation
islamique sont les juifs. Qu'Allah les combatte !
-. Nous savons très clairement qui est notre ennemi. Toutes les armes doivent
être dirigées sur lui ,toutes les lances doivent être tournées vers les
juifs, vers les ennemis d'Allah, la nation maudite dans le livre d'Allah. Allah
les a décrits comme des singes et des porcs, comme les adorateurs du veau,
comme des idolâtres.
- Celui qui peut les combattre avec des armes doit agir. Celui qui peut les
combattre avec une mitrailleuse doit agir. Celui qui peut les combattre avec une
épée ou un couteau doit agir.
- Celui qui peut les combattre avec ses mains, doit agir. Telle est notre destinée.
Les pires ennemis des croyants sont les juifs et les polythéistes. Les juifs
ont montré leurs crocs. Rien ne les arrêtera, à part la couleur du sang
infecte de leur peuple. Rien ne les arrêtera, à part le don de nos personnes
au milieu d'eux.
- Nous les faisons sauter à Hadera, nous les faisons sauter à Tel-Aviv et à
Netanya, et c'est ainsi qu'Allah nous met à la tête de cette bande de
vagabonds.
- Dans quelques années, avec l'aide Allah, nous pénétrerons dans Jérusalem
en conquérants, dans Jaffa en conquérants, à Haïfa en conquérants, à
Ashkelon en conquérants. Nous sommes certains que la victoire est proche.
- Béni soit celui qui attaque un soldat. Béni soit celui qui a élevé ses
enfants dans l'esprit de la Jihad et du martyre. Béni soit celui qui a mis une
balle de côté pour la rentrer dans la tête d'un juif. »
Israël,
éternel coupable ? Bernard-Henri Lévy 31/08/2001
Depuis trente ans encore, concernant le conflit du Proche-Orient, je n'ai pas
bougé d'un iota. Je suis partisan d'une paix de dialogue et de compromis. Je
souhaite l'évacuation, par Tsahal, de ces fameuses colonies qui sont comme un
poison à effets lents dans la société israélienne tout entière. Je suis
favorable, surtout, au partage de la terre et à la création, à côté d'Israël,
fût-ce au prix d'une séparation unilatérale, de l'Etat souverain auquel les
Palestiniens ont droit. Mais enfin, tout cela étant dit, comment ne pas dire
aussi combien me semblent, une fois de plus, étranges les réactions aux
derniers développements de cette guerre ? Comment ne pas s'étonner de l'extrême
violence des commentaires qui ont suivi, cette semaine, dans les chancelleries
et une partie de la presse, la liquidation, à Ramallah, du chef du FPLP, Abou
Ali Moustapha ? Si détestable que soit cette politique d'assassinats dits «
ciblés » ou « sélectifs », peut-on la mettre sur le même plan, vraiment,
que les attentats aveugles, non sélectifs justement, non ciblés, visant donc
les innocents aussi bien que les combattants, des kamikazes palestiniens de Gaza
? Et quant à la victime elle-même, quant à cet homme que l'on nous présente
comme un « modéré », un « homme de paix », un personnage dont la droiture
« forçait le respect de tous », est-il permis de rappeler qu'il a été
pendant vingt ans, avant d'en prendre la tête en juillet 2000, le chef
militaire du FPLP de Georges Habbache ? qu'il porte la responsabilité, à ce
titre, d'innombrables attentats, détournements d'avion meurtriers, tueries - y
compris (et ce n'est pas, dans mon esprit, le moins grave) la tuerie de «
Septembre noir », en Jordanie, le plus grand massacre de Palestiniens commis à
ce jour ? Est-ce faire injure à ce combattant que de rappeler qu'il ne s'est
rallié que très récemment, et du bout des lèvres, aux « accords d'Oslo »
signés, il y a huit ans, avec ce qu'il ne s'est jamais décidé à appeler
autrement que l'« entité ennemie » ? Sans entrer dans le détail des «
crimes » que lui imputent les Israéliens et dont je ne sais évidemment rien,
faut-il rappeler les attentats à la voiture piégée dont le FPLP, sous sa
direction, s'est fait une spécialité et qu'il n'a jamais hésité, depuis
Damas ou Bagdad, à revendiquer ? Ces assassinats ciblés sont terribles, oui.
Ils glacent le sang. Peut-être sont-ils aussi, comme semble le penser la presse
à Tel-Aviv, tragiquement maladroits. Mais, de grâce, ne mélangeons pas tout.
Et que l'émotion, légitime, ne soit pas de nouveau l'occasion d'entonner l'éternel
refrain de l'éternelle culpabilité israélienne. © Le Point - 31/08/2001 - N°1511
par Bernard-Henri Lévy
Qui
se soucie vraiment des Droits de l'Homme lorsqu'il s'agit des Arabes
palestiniens?
Par Joseph Farah Traduit de l'anglais par le Dr Roger Roos
La Syrie, l'Irak, l'Iran, l'Égypte, l'Arabie Saoudite, la Jordanie et
les autres nations musulmanes ont émis à l'égard d' Israël des critiques
plus ou moins violentes et insistantes quant à son comportement vis-à-vis des
arabes palestiniens.
Ces menaces posent un problème majeur. Jusqu'à présent, ces nations sont
beaucoup moins venues en aide aux palestiniens que ne l'a fait l'État d'Israël.
Ceci est la vérité, je le pense, et je le dis.
Voici un exemple de ce que j'affirme.
Le Journal "Jordan Times" écrit que "les réfugiés palestiniens
du Liban à qui l'on a longtemps dénié nombre de droits civiques , tel que le
droit au travail, se retrouvent devant un nouveau problème dans leur vie
quotidienne déjà précaire."
Une nouvelle loi du Parlement Jordanien adoptée cette année, prive les arabes
palestiniens du droit de devenir propriétaires. Ceux qui le sont se voient privés
du droit à la succession.
Imaginons un seul instant qu'une telle loi soit adoptée en Israël. Imaginons
l'indignation internationale que cela pourrait entraîner . Que diraient les
Nations Unies? Avec quelle rapidité l'on ressortirait l'assimilation du
sionisme au racisme?
Comment les médias occidentaux commenteraient un tel comportement?
Et pourtant ceci se produit dans un pays arabe sans pratiquement aucune réaction,
en dehors du présent article.
Examinons la manière dont le Jordan Times commente ce comportement libanais:
"Par cette loi, le Parlement libanais a voulu protéger les droits des réfugiés
palestiniens au retour éventuel dans leur foyer qu'ils ont fui après la création
de l'État d'Israël sur les terres palestiniennes en l948."
N'est-ce pas cocasse? Nous protégeons vos droits en les niant! Il n'y a que
dans le monde arabe une telle duplicité hypocrite peut exister sans être
ridiculisée et dénoncée par l'opinion internationale.
Il faut garder à l'esprit que la plupart des réfugiés palestiniens sont nés
bien après l948. Ils n'ont jamais habité dans un pays nommé
"Palestine". La raison en est que leurs voisins arabes ont été très
peu hospitaliers à leur égard. Ils ne leur ont pas permis de s'établir dans
leur pays, parce que leurs chefs étaient déterminés à entretenir les flammes
de la haine contre Israël.
Ils désirent qu'Israël reste le bouc émissaire des palestiniens et que le
peuple arabe ne se retourne pas contre ses propres chefs et se pose des
questions quant à sa privation des droits humains.
Le Liban, d'ailleurs, est un état vassal de l'état syrien. Il est occupé par
l'armée syrienne. Aucune décision politique n'est prise à Beyrouth sans
l'aval de Damas. C'est Damas plus que n'importe quelle autre capitale arabe qui
entretient la campagne de terreur contre Israël, qui sabote tous les essais de
réconciliation entre arabes et juifs, et c'est Damas qui a orchestré cette
stratégie de retirer aux palestiniens leurs droits civiques au nom des droits
civiques palestiniens.
Pour savoir à quel point la situation au Liban est mauvaise, voici d'autres détails
rapportés par le Jordan Times et non par une quelconque conspiration sioniste
internationale:
A - D'après les lois du travail concernant les étrangers, les palestiniens
sont interdits dans 74 types d'emploi;
B - Les palestiniens ont un contrôle très strict sur leurs rentrées ou leurs
sorties dans le pays;
C - les Palestiniens au Liban n'ont pas le droit de devenir citoyens libanais.
D - Les palestiniens sont confinés dans 12 camps sans aide médicale, sociale
ou éducative publiques,.Dans certains de ces camps, il leur est interdit de
construire ou même de réparer leurs habitations.
Certains, au Liban, ont reconnu la nature raciste de cette politique anti
palestinienne et la considère comme bien pire que tout ce qu'a pu entreprendre
Israël.
Et pourtant plus d'un demi million de syriens ont manifesté cette semaine pour
soutenir le soulèvement palestinien contre Israël, en criant vengeance contre
l'état juif pour ses pratiques "nazies et fascistes".
Est-ce que ces citoyens syriens ont la moindre idée du type d'oppression auquel
les arabes palestiniens sont confrontés juste à côté de chez eux au Liban?
Savent-ils que leur propre gouvernement est responsable de cette politique
libanaise? Ont-ils conscience que de plus en plus de militaires syriens sont
envoyés actuellement au Liban pour soutenir le régime de Beyrouth qui impose
une telle répression?
Tandis qu'Israël s'est donné beaucoup de mal pour améliorer le sort des
arabes palestiniens - particulièrement ceux victimes de la guerre de l948 - les
nations arabes n'ont pensé qu'à une chose: exploiter leur misère. Cette
exploitation se poursuit encore aujourd'hui, ouvertement et "en toute légalité".
Et pourtant la planète est aveugle.
© Joseph Farah - WorldnetDaily.com 2001.
Les
Juifs, le Sionisme et Israël dans les manuels scolaires syriens), Juin 2001
Résumé du Rapport du CMIP (Center for Monitoring the Impact of Peace),
Juin 2001, 477 Madison Avenue, 10th Floor, New York, N.Y. 10022 U.S.A. (212) 572
55 66 La paix est devenue le choix stratégique déclaré de la Syrie depuis la
Conférence de Madrid de 1991. La présente étude, initiée par le Centre pour
Diriger l'Impact de Paix (CMIP), a entrepris de déterminer à quel point l'idée
de paix avec Israël était devenue partie intégrante du programme scolaire
officiel de Syrie. Soixante-huit manuels scolaires des classes 1-12, sur divers
sujets, qui ont tous fait partie du programme scolaire syrien pendant l'année
2000, ont été examinés dans cette étude
Les conclusions sont les suivantes:
a. Le conflit israélo-arabe est un thème majeur dans le programme
scolaire syrien et est traité dans la plupart des manuels scolaires. L'essence
du conflit est le droit à l'existence d'Israël, pas de ses frontières. En
fait, le conflit est peint comme une lutte prophétique pour l'existence entre
la nation arabe toute entière et une entité juive-sioniste qui s'est établie
en Palestine.
b. Pas un seul mot favorable aux Juifs n'a été trouvé dans les manuels
scolaires syriens. On dénie aux Juifs les caractéristiques d'une nation, ils
sont détachés de leurs ancêtres et de la terre de Palestine, et leur religion
est raciste. Ils sont peints comme ennemis des Arabes depuis l'Antiquité, de
l'Islam depuis son commencement, de toute l'espèce humaine, des prophètes et
de Dieu lui-même. La haine des nations du monde envers eux est justifiée. L'Holocauste
est justifié, pourtant sa importance est exagérée par les Juifs. Il y a un
passage dans les manuels scolaires qui appelle à leur élimination.
c. Le sionisme est représenté comme un mouvement raciste et agressif basé
sur les fausses assertions que les Juifs sont un peuple relié à la Palestine.
Le sionisme exploite la religion juive pour exercer le contrôle sur de régions
vastes de la patrie arabe.
d. Israël est dépeint comme une entité étrangère et artificielle et
n'est pas reconnu comme un état légitime. Sa place sur la carte est toujours
indiquée sous le nom de Palestine. L'Etat d'Israël est foncièrement mauvais.
Il ressemble à un cancer qui s'étend et il est aussi la source de problèmes
innombrables qui sont arrivés aux Arabes, à commencer par l'usurpation de la
Palestine, jusqu'à empêcher la réalisation de l'unité arabe et à entraver
le progrès économique arabe, et jusqu'à terminer par la tentative d'effacer
l'identité nationale Palestinienne et Arabe. La société israélienne est
pleine de malice envers les Arabes et les soldats israéliens sont démonisés
e. Jérusalem est, et a toujours été, une ville arabe. Les Juifs ne sont
pas mentionnés comme ses habitants, ni dans le passé ni dans les temps présents.
Leurs lieux saints dans la ville ne sont pas mentionnés à la différence de
ceux des Musulmans et des Chrétiens. La présence des Juifs à Jérusalem est
celle d'occupants étrangers que les Arabes et Musulmans devraient évincer. Une
telle opération prend les caractéristiques d'une purification, depuis que les
Juifs profanent l'endroit par leur simple présence en ce lieu.
f. Faire la paix avec Israël veut dire se rendre et est rejeté comme un
acte de traîtrise. D'un autre côté, participer au processus de la paix actuel
est présenté comme une continuation de la vieille lutte contre le sionisme et
Israël par d'autres moyens. A aucun endroit, l'expression "paix avec Israël
" n'apparaît et la Syrie n'est pas connue comme s'étant engagée à
reconnaître le droit d'Israël d'exister dans ses frontières d'avant 1967.
g. La libération de Palestine est dépeinte comme un but majeur de Syrie,
de même que le devoir de tout Arabe et tout musulman. Les manuels scolaires
syriens ne dissimulent pas le fait que la libération entière de la Palestine
est synonyme de la liquidation d'Israël qui est mentionnée comme un des buts
du parti Ba'ath souverain. C'est aussi un acte de purification, car c'est, en
purifiant Palestine de la saleté " sioniste ", un moyen de réaffirmer
la dignité arabe et musulmane.
h. La lutte contre Israël est une " guerre sainte "-Djihad qui
est le devoir de chaque Musulman.
i. Dans ce contexte, le martyre est une valeur exaltée dans les manuels
scolaires syriens diffusés par le Président Hafez Assad lui-même et il est
inculqué dans les esprits des étudiants de diverses façons.
j. En conclusion, adopter et soutenir les activités terroristes contre
Israël sont un thème répétitif. Bien que le terme " terreur" ne
soit jamais lui-même utilisé dans ce contexte et que de telles activités
soient décrites comme des opérations contre des cibles militaires, les cas
portés à l'attention de l'étudiant dans les manuels scolaires se réfèrent
à des attaques contre des civils, réelles ou ont imaginaires.
Quelques extraits et aperçu de la table des matières:
Les Juifs, le Sionisme et Israël dans les manuels scolaires syriens Chapitre 1:
L'Essence du Conflit: L'Existence d'Israël 1. Vue d'ensemble 2.
l'essence du conflit est l'existence même d'Israël, pas ses frontières, 3.
Prééminence du Conflit 4. une
Matière d'Honneur 5. Traitement
obsessionnel du Conflit arabe israélien
Chapitre II: Le Portrait des Juifs et du Judaïsme 6. vue d'ensemble 7.
pas une seule remarque positive au sujet des Juifs 8. un Peuple " Faux ", une Nation " Imaginaire
", 9. les Juifs sont détachés
de leurs Ancêtres et de la Palestine 10.
Le Judaïsme et les Juifs sont Racistes 11.
Occupants de Terres arabes depuis les temps anciens 12. Ennemis des Arabes et Musulmans au Moyen-Age 13.
L'antisémitisme et l'Holocauste sont justifiés 14.
Les Juifs sont mauvais et méritent l'Élimination
Chapitre III: Le Sionisme 15. vue
d'ensemble 16. Présentation du
Sionisme aux Étudiants syriens 17.
Un mouvement raciste basé sur des mensonges et de fausses allégations 18.
Un partenaire de l'impérialisme 19.
Le sionisme ressemble et même surpasse le nazisme 20.
Le danger du sionisme 21. La lutte
arabe contre le sionisme
Chapitre IV: Le portrait d'Israël et des israéliens 22. vue d'ensemble 23.
Israël est une entité étrangère établie dans le coeur de la patrie arabe 24.
Israël est une entité artificielle et illégitime 25.
Israël n'existe pas sur les cartes syriennes 26.
Israël usurpateur de la Palestine 27.
Israël essaie d'exterminer les Palestiniens 28.
Israël oppresseur des Palestiniens et tente d'effacer leur identité nationale
arabe 29. Israël est une entité
colonialiste au service de l'impérialisme contre les Arabes 30.
Israël est Raciste 31. Israël est
agressif et expansionniste 32. Israël
est comparé à un cancer qui s'étend 33.
Israël est une menace pour le monde arabe et un obstacle à l'unité arabe 34. Israël supporte le régionalisme et le sectarisme dans le
Monde arabe 35. Israël est la
cause du retard arabe 36. Israël
est tout le Mal 37. Les israéliens
ne sont pas une nation 38. Les israéliens
sont plein de malice vers les Arabes 39.
L'apparence des israéliens et leur odeur sont repoussantes
Chapitre V: Jérusalem 40. vue
d'ensemble 41. Une ville fondée
par les anciens Arabes 42. Une
ville arabe occupée par Israël 43.
Une ville sacrée pour les musulmans et les Chrétiens 44.
Seulement les lieux saints musulmans et chrétiens sont mentionnés 45.
Israël désacralise les lieux saints musulmans et chrétiens 46. Les musulmans
devraient libérer les lieux saints de la présence des Juifs
Chapitre VI: Refus de la paix avec Israël / Reconnaissance du " Processus
de Paix " 47. vue d'ensemble 48.
Un champion de la bataille contre la paix 49.
Le " Processus de Paix " est la continuation de la lutte contre Israël
50. Une paix conditionnelle et unilatérale
Chapitre VII: Libération de la Palestine / Liquidation d'Israël 51.
vue d'ensemble 52. La Libération de la Palestine est un but officiel syrien 53.
La Libération de la Palestine est un devoir tout Arabe et de tout musulman 54.
La Libération de la Palestine est un moyen de restaurer la dignité arabe blessée
55. La Libération de la Palestine
va de pair avec la Liquidation d'Israël 56. Purification de la Palestine des sionistes 57.
Justification de la violence et légitimation du bain de sang 58.
La force est le seul chemin 59. La
Guerre de 1973 était un pas préliminaire vers la libération et la liquidation
60. L'Intifada est le commencement
de la libération, de l'annihilation et de la purification
Chapitre VIII: La Guerre Sainte [Djihad] et Militarisme 61.
Vue d'ensemble 62. Militarisme dans les manuels scolaires syriens 63.
La guerre contre Israël est une Guerre Sainte [Djihad] 64.
Tout le monde devrait participer au Djihad
Chapitre IX: Le martyre [Shahadah] 65.
vue d'ensemble 66. Une valeur exaltée
67. Martyre comme la Route vers la
Libération 68. Le Président Hafez
El-Assad et la question du martyre 69.
Autres moyens d'inculquer le martyre 70.
Assertions sur le martyre
Chapitre X: La terreur 71. vue
d'ensemble 72. Le terme « Terreur
» [irhab] est réservé exclusivement à Israël 73. Le portrait du terrorisme palestinien comme activité
militaire 74. Soutien du terrorisme
palestinien 75. La terreur mène à
la victoire, à la récupération de la terre, à la dignité,et à la
destruction d'Israël
Tous les livres examinés dans cette étude ont été publiés par la Fondation
Générale pour Matière Imprimée et Manuels scolaires sous la surveillance du
Ministère d'Éducation de la République arabe syrienne. Les titres des deux
agences paraissent sur chaque livre. Cinquante-huit hors des soixante-huit
livres ont été imprimés au Ba'ath Printing Maison. la liste suivante est
pleine des manuels scolaires examinés dans cette étude, organisée d'après
sujets et niveaux. L'année de l'édition et nombre de pages pour chaque livre
sont donnés aussi.
Enlèvement
des soldats israéliens: Israël accède à la bande vidéo Juillet 2001.
JERUSALEM (AP) -- Face à la montée des pressions
et des protestations, les Nations unies ont annoncé vendredi qu'Israël aurait
la possibilité de visionner la bande vidéo sur laquelle pourrait être
enregistré l'enlèvement en octobre dernier de trois soldats israéliens, au
Liban.
Dans la même journée, le Premier ministre israélien avait exigé que lui soit
communiqué cet enregistrement que les Nations unies ont nié détenir pendant
des mois avant de reconnaître qu'il était en leur possession.
L'ONU a déclaré que la bande vidéo d'une trentaine de minutes, filmée par un
soldat de la force de maintien de la paix au Liban, se trouvait effectivement à
son siège à New York. Selon un porte-parole de l'organisation internationale,
celle-ci a été réalisée le lendemain des enlèvements et ne devrait donc pas
fournir d'informations utiles.
Toutefois, selon le sous-secrétaire général des Nations unies, Jean-Marie Guéhenno,
''la cassette ne contient aucune information qui serait susceptible d'éclairer
les circonstances de l'enlèvement ou les conditions (de vie) des otages''.
Mais l'affaire jette un froid et le ministère israélien de la Défense
s'interroge sur les raison du mensonge. ''Nous pensons que cette attitude soulève
de nombreuses questions et nous espérons que les Nations unies nous donnerons
des réponses. Ils ont dissimulé la bande. Nous ignorons ce qu'ils cachent
d'autre''.
Timor Goksel, porte-parole de la force de l'ONU au Liban (UNIFIL), a nié que
les soldats indiens dont le poste se trouvait à environ 400m de l'endroit où
les Israéliens ont été capturés, aient commis une quelconque faute.
Mais pour Malcolm Hoenlein, un dirigeant de la communauté juive américaine, l'UNIFIL
pourrait aussi bien ''avoir tout vu et n'avoir rien fait''. Un officier israélien
a affirmé, sous couvert de l'anonymat, que les Israéliens enquêtaient pour
savoir si les soldats de l'ONU avaient joué un rôle dans l'affaire.
L'émissaire de l'ONU au Proche-Orient, Terje Rod Larsen, a rencontré la
famille de l'un des soldats enlevés et comptait se rendre à New York samedi
pour discuter de la question avec les responsables des Nations unies, selon l'un
de ses conseillers. ''La bande vidéo n'a rien à voir'' avec les enlèvements,
a-t-il assuré.
© AP, 2001.
samedi 7 juillet 2001, 2h36
L'ONU mise dans l'embarras par une vidéo sur le rapt de 3 soldats israéliens
NEW YORK (Nations Unies), 6 juil (AFP) - Après une série de bévues, l'ONU a décidé
de remettre à Israël une cassette vidéo filmée le lendemain de l'enlèvement
de trois soldats israéliens par le Hezbollah chiite libanais mais en cachant
les visages de militants présumés de ce mouvement intégriste.
Cette mesure, prise pour protéger la sécurité des casques bleus au Liban sud
selon un haut responsable de l'ONU, risque toutefois de mécontenter aussi bien
le Hezbollah que les Israéliens.
"Bien qu'il s'agisse d'un pas dans la bonne direction, Israël attend
toujours que l'ONU lui donne la cassette et toute information pertinente de manière
complète", a déclaré à l'AFP un responsable israélien.
En clair, Israël demande à visionner cette vidéo sans que celle-ci soit éditée.
La cassette doit également être remise aux autorités libanaises.
Les trois soldats ont été capturés le 7 octobre lors d'un raid du Hezbollah
dans la zone contestée des fermes de Chebaa, aux confins de la Syrie, du Liban
et d'Israël. Cette zone, occupée par Israël, est revendiquée par le Liban.
Le secrétaire général adjoint pour les opérations de maintien de la paix,
Jean-Marie Guéhenno, a assuré que, selon l'ONU, "rien sur cette cassette
n'apportait de lumière sur les circonstances de l'enlèvement ou sur l'état
des (soldats) enlevés".
Selon lui, la vidéo d'une trentaine de minutes montre deux véhicules
tout-terrain abandonnés avec leur contenu, des casques bleus s'efforçant de
les enlever et leur interception par un groupe d'hommes armés "supposés
du Hezbollah".
Elle montre également de "petites taches de sang" dans les véhicules,
sans qu'il soit possible de dire si ce sang provient des ravisseurs ou des
soldats enlevés, a dit M. Guéhenno.
Il a ajouté qu'étaient aussi visibles de fausses plaques d'immatriculation de
véhicules de l'ONU, de fausses antennes ainsi que deux uniformes de soldats de
l'ONU.
Tous ces éléments avaient été communiqués à Israël le 11 octobre, a-t-il
assuré.
Mais l'ONU n'a admis que jeudi l'existence de cette cassette après que le
ministre israélien de la Défense Binyamin Ben Eliezer eût réclamé ce
document filmé le lendemain de l'enlèvement des trois soldats.
M. Guéhenno a fermement rejeté la suspicion que l'ONU ait volontairment caché
l'existence de cette cassette de crainte de représailles du Hezbollah sur les
casques bleus déployés au Liban sud, à la frontière israélienne. Le
Hezbollah contrôle cette région depuis le retrait d'Israël en mai 2000 après
22 ans d'occupation.
"Nous ne cachons rien et cela depuis le début", a-t-il dit lors d'une
conférence de presse en ajoutant que l'ONU avait décidé d'obscurcir les
visages "parce que nous devons protéger la sécurité de notre
personnel".
M. Guéhenno a toutefois eu du mal à expliquer la cascade de maladresses au
sein de la chaîne de commandement de l'ONU qui a conduit de hauts responsables
de l'organisation à induire en erreur le gouvernement israélien.
Alors que depuis le mois de mars, le gouvernement israélien demandait de plus
amples informations, l'ONU a plusieurs fois démenti être en possession de
nouveaux éléments.
M. Guéhenno a déclaré n'avoir lui-même appris que le 6 juin l'existence de
cette vidéo après qu'elle eût été apportée à la mi-mai à New York par le
général Seth Kofi Obeng, alors commandant de la force de l'ONU au Liban (FINUL).
Mais pire, trois semaines plus tard, le 27 juin, le Coordinateur spécial de
l'ONU pour le Proche-Orient, Terje Roed-Larsen, et le Représentant spécial
pour le Liban sud, Staffan de Mistura, ont nié l'existence de la cassette lors
d'un entretien avec le ministre israélien de la Défense.
Après avoir appris que M. Larsen avait "involontairement induit en
erreur" le ministre israélien, M. Guéhenno a dû appeler l'ambassadeur
d'Israël auprès de l'ONU, Yehuda Lancry, pour l'assurer de la volonté de
l'ONU "de continuer à avoir des relations franches et ouvertes avec Israël".
© AFP, 2001.
Ben
Laden se fiche des Palestiniens - Par FREDERIC ENCEL (LIBERATION 19 octobre
2001)
Il y a dix jours de cela, l'ennemi
public numéro un a enfin parlé. Entre diatribes hallucinées et menaces
apocalyptiques, il a conforté tous ceux pour qui le 11 septembre, l'Amérique
de Bush a payé son soutien à Israël de Sharon. Un grand classique du genre,
le lien pratique et usé jusqu'à la corde qui dispense d'une réflexion réelle
sur les phénomènes du terrorisme et de l'islamisme. Toutes les variations sur
ce thème inépuisable ont été tant et tant jouées qu'on finirait presque par
y souscrire, si quelques réalités gênantes ne venaient décrédibiliser le
commode schéma. En premier lieu, nul ne conteste que le carnage s'organisait de
longue date et, à tout le moins, avait été pensé depuis plusieurs années.
Un temps où le nationaliste Sharon et le conservateur Bush Jr. étaient bien
loin d'un pouvoir qu'ils ne conquerraient par les urnes, respectivement, qu'en
novembre 2000 et février 2001. En lieu et place, le travailliste Barak et le démocrate
Clinton négociaient alors tous azimuts avec le président palestinien Arafat.
Fausse piste. D'autre part, n'est-ce pas précisément lorsque les pourparlers
progressent entre Israéliens et Palestiniens que les charges islamistes
explosent? En 1993 au World Trade Center déjà, ou encore en 1996 à Tel-Aviv
et Jérusalem, avec la «colombe» Pérès à la tête du cabinet israélien? En
second lieu, quelle écourante hypocrisie que celle de ces hérauts arabes,
chantres de la Palestine, qui brandissent le jihad en faveur des Palestiniens
dont la cause est faite, l'instant d'une crise politique ou militaire par eux
provoquée, instrument politique jetable. Quel excellent dérivatif pour chefs
et régimes autoritaires arabes cherchant à canaliser les frustrations
politiques et socio-économiques de leur population respective! Du Syrien Assad
écrasant l'OLP à Tripoli (Liban) en 1983, au Libyen Kadhafi chassant dans le désert
des milliers de civils palestiniens pour punir Arafat d'avoir négocié avec
Israël, en passant par le Saoudien Fahd expulsant «ses» Palestiniens parce
que le même Arafat avait soutenu Saddam Hussein pendant la crise du Golfe, sans
omettre le susnommé Saddam frappant Israël de ses missiles en «libérateur»
de Palestiniens qu'il avait toujours méprisés... La liste est tristement
longue des Saladin occasionnels. Et l'on voudrait à présent nous faire croire
que les motivations de Ben Laden et de ses spadassins à assassiner plusieurs
milliers de civils américains puisent aux malheurs des Palestiniens! Trop
facile, trop malhonnête. Ben Laden, subitement lâché par ses alliés
pakistanais et pour l'heure moins violemment soutenu que prévu par les opinions
arabo-musulmanes, procède comme l'exige la tradition: il instrumentalise. Leïla
Shahid, déléguée générale de la Palestine en France, l'a fort justement
rappelé: «La cause palestinienne est un alibi pour Ben Laden.» (France Info,
journal de 15 h, le 8/10/01.) A l'instar des autres autocrates arabes, il
souhaite bien entendu que se prolonge le conflit israélo-palestinien ad
infinitum, lui qui abhorre «le traître» Arafat et se défie d'un mouvement
national palestinien comptant à son goût wahhabite trop de femmes, de chrétiens
et de démocrates. Les attentes et frustrations des Palestiniens existent, et
les Américains n'y sont pas étrangers; elles n'expliquent en rien le massacre
de New York et Washington. Au final, par-delà l'instrument «Palestine»,
assiste-t-on au fameux choc des civilisations? Pas encore. A l'heure actuelle,
il s'agit plutôt de l'agression caractérisée d'une fraction dévoyée de
l'Islam contre l'Occident judéo-chrétien. Car si le milliardaire ex-saoudien
et les fanatiques qui l'entourent avaient réellement voulu démontrer leur détermination
et leur capacité hors d'une logique de confrontation civilisationnelle, ils
auraient choisi pour cible authentiquement symbolique la statue de la Liberté
un jour de fermeture aux touristes, et - s'il fallait vraiment un shahid
(martyr) - un monoplace en guise de projectile. Quel panache alors pour tout ce
que la planète compte de légitimes déçus de l'Amérique, quelle jouissance
aussi pour tout ce que nos salons parisiens comptent de contempteurs
psycho-pathologiques des Etats-Unis! Humilier le supergrand chez lui, avec la
hauteur de celui qui, magnanime, eût aisément pu le meurtrir mais qui se
contente de forcer son adversaire à négocier, à se remettre en cause, à réfléchir
aux revendications posées... Comment un président Bush ridiculisé aurait-il
ainsi pu réunir et justifier, pour la destruction d'un tas de pierres, un déploiement
politique et militaire massif contre la Qaïda terroriste de Ben Laden et le régime
taliban - aussi barbare soit-il - qui le protège? L'article 5 du Traité de
l'Otan aurait-il été invoqué pour «dégradation de monuments historiques»?
Mais non, la mort pour la mort. Tuer le plus possible d'hommes, de femmes et
d'enfants (y compris de nombreux musulmans, comme à Dar-es- Salaam en 1998), et
Allah reconnaîtra les siens! Tuer bien au-delà des symboles forts, des
concepts creux et des grandes causes. La «guerre sainte» des «vrais croyants»
contre les «mécréants». Que Ben Laden, cofondateur en février 1998 du Front
international islamique contre les juifs et les croisés, ne qualifie pas le président
américain d'ennemi, d'impérialiste, de criminel ou de tout autre nom d'oiseau
mais de «chef des infidèles», est à cet égard révélateur. Sa guerre ne
s'inscrit pas dans le champ du rationnel mais dans celui du mystique, sa
vindicte ne vise pas politiquement les Israéliens et les Américains, mais
essentiellement les juifs et les chrétiens, intrinsèquement diabolisés. La
logique qu'il entretient, absolutiste, relève de la lutte à outrance, sans
compromis, manichéenne et profondément raciste, avec pour seul horizon le
paradis éternel aux soixante-dix vierges pour les martyrs de l'islam, l'enfer
pour tous les autres. Cette démarche est si démente qu'elle effraie même les
extrémistes «conventionnels», de Téhéran à Riyad! En France, où le
contexte sociologique autorise à craindre que l'appel au meurtre et au jihad
d'un Ben Laden reçoive quelque écho, le pire serait de renoncer à le
condamner moralement et politiquement sous le prétexte fallacieux d'éviter des
amalgames stupides. Communier dans l'«islamiquement correct» ambiant
consisterait à rendre un bien mauvais service à tous les musulmans pacifiques.
Renforcement dès l'école d'une conscience citoyenne collective, revalorisation
de l'idée de nation, fermeté sur le principe de laïcité, enseignement laïc
des grandes religions, assises interconfessionnelles régulières,
intransigeance quant aux agissements cultuels, éducatifs et financiers des
islamistes, réexamen des relations officielles avec les Etats soutenant le
terrorisme: les armes civiques, intellectuelles, juridiques et diplomatiques ne
manqueraient pas ici pour combattre ce totalitarisme vert. A charge pour les
hommes du culte musulman, en interne, d'expurger toute lecture belliciste du
Coran et de faire barrage spirituel au fondamentalisme criminel. Au bout du
combat qui commence, pour tous, il y a la paix civile au sein de la République,
ou le chaos hors de ses lois protectrices. Dans le second cas, les musulmans
seraient les premières victimes. En regardant les yeux fous de Ben Laden, ils
doivent y penser et s'en convaincre.
FRÉDÉRIC ENCEL Professeur de géopolitique
à Paris et à Rennes.
Comment
on fabrique des 'bombes humaines' par Fiamma Nirenstein, Commentary
Magazine. Traduction de Menahem Macina pour CJE
Au cours de sa visite historique en Syrie, en mai passé, le pape Jean-Paul II a
été inopinément relégué au second plan par le jeune nouveau président du
pays, Bashar al-Assad. Plutôt que de rester dans la ligne de l'esprit du moment
en saisissant cette occasion pour proclamer ses espoirs de compréhension
mutuelle entre les grandes fois du monde, Assad a profité de son allocution de
bienvenue en l'honneur du pontife, à l'aéroport de Damas, pour attaquer
cruellement les Juifs. Et d'affirmer avec véhémence, en présence du pape :
" ils ont essayé de tuer les principes de toutes les religions avec la même
mentalité qui les a amenés à trahir Jésus le Christ " et " de la même
manière qu'ils ont essayé de trahir et de tuer le prophète Muhammad."
Un épanchement de haine aussi spectaculaire pouvait difficilement passer inaperçu.
C'est ainsi que tout au long d'un cycle de nouvelles, le cortège habituel des
reportages moyen-orientaux sur les lanceurs de pierres et les colons, les
explosions de bombes et les frappes de représailles, les cessez-le-feu et les
mesures destinées à "créer la confiance", ont cédé le pas à un déluge
de paroles sur les propos explosifs d'Assad. Comme le déplorait le New York
Times, Assad " avait non seulement "gâché" la visite papale
mais renforcé sa "réputation croissante de conduite irresponsable".
Aussi, les commentaires sont-ils allés bon train pour réprimander un nouveau
dirigeant, que son inexpérience et son immaturité avaient apparemment mené à
professer, pour employer les termes du Times, l'intolérance raciale."
Ce qui restait largement ignoré dans tout cela, c'était une bien plus grande
histoire - non celle d'un tyran insignifiant, mais l'histoire du poison qui était
si facilement monté à ses lèvres. Ce que peu de journalistes ont su, ou
qu'ils n'ont pas estimé utile de mentionner, c'est que des sentiments comme
ceux exprimés par Assad sont tout sauf rares dans le monde arabe d'aujourd'hui.
Où que l'on regarde, du Caire et de Gaza à Damas et à Bagdad, des personnalités
politiques et religieuses aux auteurs et aux éducateurs, des avocats aux stars
de la pop-musique, et dans tous les médias, les gens mêmes avec lesquels on
s'attend à ce qu'Israël vive en paix se consacrent, avec une ingéniosité qui
va sans cesse croissant, à calomnier et à diaboliser l'Etat juif, le peuple
juif et le judaïsme lui-même - et à appeler ouvertement à leur annihilation.
Ce n'est qu'en refusant volontairement de voir ce fleuve de haine qu'il est
possible de se persuader qu'en fin de compte, " tout le monde " au Pro
che-Orient veut réellement la même chose.
La propagande antisémite qui circule avec une telle abondance dans le monde
arabe tire son énergie en grande partie de la technique du "mensonge énorme",
c.-à-d. de la réitération inlassable de mensonges scandaleux concernant Israël
ou les Juifs, dans la ligne du : "plus c'est gros, mieux ça passe".
Les exemples sont réellement innombrables. En Egypte et en Jordanie, des
sources d'informations ont, à plusieurs reprises, mis en garde contre Israël,
censé distribuer du chewing-gum mêlé de drogue, ainsi que des sucreries ayant
pour but - disait-on - de tuer des enfants et d'entraîner les femmes à la dépravation
sexuelle.
Quand, récemment, la fièvre aphteuse a éclaté dans le bétail de l'Autorité
Palestinienne , on a immédiatement accusé les Israéliens d'avoir répandu
intentionnellement la maladie (en dépit de la mobilisation immédiate des équipes
de vétérinaires israéliens pour soigner les animaux).
Particulièrement tapageuses ont été les forgeries à propos des répliques
israéliennes à une Intifada qui dure depuis un an. Au début de cette année,
au Forum économique mondial de Davos, en Suisse, une assistance abasourdie a
entendu Yasir Arafat lui-même déclarer qu'Israël utilisait [des balles] à
l'uranium appauvri et des gaz paralysants contre les civils palestiniens. La télévision
officielle de l'Autorité Palestinienne fournissait obligeamment une "évidence"
de cette accusation, en diffusant des scènes de malheureuses victimes secouées
de vomissements et de convulsions. Un autre clip récent de la télévision
palestinienne présentait la reconstitution d'un assaut de l'armée israélienne
contre une un maison palestinienne, aboutissant à la mise en scène du viol et
du meurtre d'une petite fille devant ses parents horrifiés. Quant aux victimes
israéliennes des terroristes arabes, la station de radio "La Voix de
Palestine" assurait à ses auditeurs, en avril, qu'Israël mentait au sujet
d
e l'assassinat d'une fillette de dix mois par un tireur embusqué palestinien,
à Hébron; en fait, expliquait le commentateur, le bébé était arriéré et
avait été étouffé par sa propre mère.
La presse arabe s'est également lancée dans le riche motif classique de
l'antisémitisme européen. Al-Ahram, le principal quotidien égyptien, patronné
par le gouvernement, s'est avéré hors pair à cet égard. Une série récente
d'articles relatait, avec un luxe de détails, comment les Juifs utilisent du
sang de Gentils pour confectionner la matzah de Pâques. Insurpassable en la
matière, le chroniqueur Mustafa Mahmud informait ses lecteurs que, pour
comprendre les vrais buts des Juifs, il fallait consulter les "Protocoles
des Sages de Sion", dans lesquels les dirigeants de la conspiration juive
internationale avouent ouvertement leurs " ambitions sans limites, leur
avarice insatiable, leur vengeance impitoyable, et leur haine, qui défie
l'imagination". "La ruse", étaient-ils censés déclarer,
"est notre approche, le mystère est notre méthode." *
C'est dans ce même registre que les porte-parole arabes et islamistes déforment
ou récusent le témoignage du génocide nazi. De fait, nulle part au monde la négation
de l'Holocauste n'est plus chaudement ou largement professée. Une conférence
d' 'érudits', qui s'est tenue à Amman à la mi-mai, a conclu que l'ampleur de
la guerre nazie contre les juifs avait été considérablement exagérée, une
allégation ressassée avec enthousiasme par le Times de Jordanie. Issam
Sissalem, de l'université islamique de Gaza, a récemment affirmé à la télévision
palestinienne que, loin d'être des camps d'extermination, Chelmno, Dachau, et
Auschwitz étaient, en fait, de simples "lieux de désinfection".
Le 13 avril, journée consacrée, en Israël, à la mémoire de l'Holocauste, le
journal palestinien officiel Al-Hayat al-Jadida publiait un article de Hiri
Manzour, intitulé " la Légende de l'Holocauste ". Parmi ses allégations,
on pouvait lire que " le chiffre de 6 millions de juifs incinérés dans
les camps nazis d'Auschwitz était un mensonge " répandu par les Juifs
pour mener à bien leur " opération de marketing international ".
Quelques semaines plus tard, à Téhéran, au cours d'une conférence
panislamique largement suivie, le chef suprême de l'Iran, l'Ayatollah Khamenei,
consacra ses observations préliminaires à démontrer la même chose. " Il
y a des preuves ", déclarait-il, " que les Sionistes ont eu des liens
étroits avec les Nazis allemands, et ont exagéré, à leur avantage, toutes
les données concernant le massacre des Juifs... afin de s'attirer la solidarité
de l'opinion publique et frayer la voie à l'occupation de la Palestine et à la
justification des crimes sionistes ".
De temps en temps, toutefois, les mêmes organes d'opinion antisémites qui
nient l'Holocauste estiment nécessaire d'affirmer qu'il a bien eu lieu - mais
à seule fin d'en glorifier les perpétrateurs. C'est ainsi qu'un chroniqueur du
journal gouvernemental égyptien Al-Akhbar a exprimé ses " remerciement à
Hitler, d'heureuse mémoire, qui, au nom des Palestiniens, a tiré vengeance par
avance des plus vils criminels qui soient sur la face de la terre. Néanmoins,
nous avons un grief envers [Hitler] : sa vengeance à leur égard ne fut pas
suffisante ".
Une autre variation sur ce thème est le parallèle, désormais incessant, entre
Israël et l'Allemagne hitlérienne. Pour Al-Ahram, " les atrocités
commises par l'armée israélienne montrent... comment ceux qui se plaignent des
pratiques nazies utilisent les mêmes méthodes contre les Palestiniens ".
Pour Al-Akhbar, le ministre israélien des affaires étrangères, Shimon Peres,
a les apparences d'une 'colombe', mais est, en réalité, " un oiseau de
proie, un spécialiste du massacre d'innocents ", il est également
responsable d'actes " qui montrent qu'Israël est pire que les Nazis
". En mai, un chroniqueur du journal égyptien Al-Arabi, écrivait : "
Le sionisme n'est pas seulement un autre visage du nazisme, c'est plutôt un
nazisme multiplié par deux ". Il n'est donc pas surprenant que le Président
Assad de Syrie, qui affectionne aussi un tel langage, ait affirmé récemment :
" Israël est raciste, [le premier ministre] Sharon est raciste, les Israéliens
sont racistes. Ils sont plus racistes que
les Nazis. "
Il n'est pas difficile de discerner l'effet de ce dénigrement implacable. Dans
le monde arabe, où les sources susceptibles d'équilibrer les informations sur
les Juifs et l'Etat juif sont rares, quand elles ne sont pas inexistantes, Israël
a été transformé en rien moins qu'une abstraction diabolique ; il n'a rien
d'un pays, c'est une force maligne qui incarne tous les attributs négatifs
possibles - agresseur, usurpateur, occupant, corrupteur, infidèle, meurtrier,
barbare. Quant aux Israéliens eux-mêmes, on ne les voit pas comme des
citoyens, des ouvriers, des étudiants, ou des parents, mais comme autant de
fantassins d'une même puissance obscure. Le sentiment simpliste induit par ces
caricatures est soigneusement enchâssé dans une chanson à succès récente,
au Caire, à Damas et à Jérusalem-est. Son titre: " Je hais Israël
".
D'une telle haine à l'incitation à la violence et aux actes qui en découlent,
il n'y a qu'un pas. Les écoles arabes n'enseignent pas seulement qu'Israël est
mauvais, mais qu'extirper ce mal est la plus noble des missions. Comme le
formule un texte destiné à des élèves syriens de dixième, " La logique
de justice oblige à l'application d'un seul verdict [concernant les Juifs],
auquel on ne peut échapper: à savoir, que leurs intentions criminelles soient
retournées contre eux et qu'ils soient exterminés " [mise en exergue
ajoutée]. À Gaza et en Cisjordanie, les manuels de tous les niveaux scolaires
louent le jeune homme qui choisit de devenir un 'shahid', un martyr pour la
cause de la Palestine et de l'Islam. Et il s'en faut que les leçons s'arrêtent
à la porte de la salle de classe. La télévision palestinienne invite
ouvertement les enfants à se sacrifier. Dans un clip très diffusé, une image
du garçonnet de 12 ans, Mohammed al-Dura - tué en septembre de l'année passée,
dans un échange
de tirs entre soldats israéliens et combattants palestiniens armés -
apparaît, sur fond de paysage paradisiaque rempli de fontaines et de fleurs,
tandis que l'enfant invite de la main ses amis à le suivre.
Au début du mois de juin, deux semaines après l'effondrement mortel d'un hall
de salle de banquets, à Jérusalem, la télévision de l'Autorité
Palestinienne diffusait un sermon du cheikh Ibrahim Madhi, qui demandait que
"cette Knesset [Parlement israélien] tyrannique s'effondre [de la même
manière] sur la tête des Juifs", et appelait la bénédiction sur
"quiconque met une ceinture d'explosifs sur son corps ou sur celui de ses
fils et plonge au milieu des Juifs". Des manifestations de masses scandant
des slogans, brandissant des drapeaux israéliens et américains en flammes,
ainsi que des combattants en armes, masqués et tirant des balles en l'air,
renforcent le message. Il ne faut pas chercher plus loin pour comprendre comment
les enfants grandissent avec le désir de devenir des bombes humaines - une
initiative qui a bénéficié d'une nouvelle vague d'acclamations de la part des
médias, après une explosion-suicide dans une discothèque de Tel Aviv, qui a
coûté la vie à 21 Israéliens, et qui
, selon un scrutin récent, bénéficie de l'approbation de plus de trois-quart
des Palestiniens. " Ce 'missile', écrivait un chroniqueur palestinien
enthousiaste, parlant du terroriste-suicide, "avait une âme qui aspirait
au martyre, un coeur qui embrassait la Palestine, et un corps qui piétinait
tous les envahisseurs sionistes ".
L'antisémitisme virulent n'est pas moins essentiel pour maintenir en place les
régimes les plus agressifs et les plus totalitaires de la région. Le prestige
dont jouit maintenant Bashar Assad, de Syrie, dans l'ensemble du monde arabe, dérive
en grande partie de ses dénonciations incessantes d'Israël et des Juifs. Pour
sa part, Saddam Hussein, d'Irak, a fait savoir, à plusieurs reprises, qu'il était
prêt à détruire " l'entité sioniste criminelle ". Et au cas où
ses propres efforts n'y suffiraient pas, il est allé jusqu'à demander l'aide
divine, en terminant son discours, lors du récent sommet arabe, par ce souhait
vigoureux : " Que Dieu maudisse les Juifs ! "
Quant aux 'modérés', comme le Roi Abdullah, de Jordanie, et le Président
Mubarak, d'Egypte, le fait qu'ils accordent une large liberté d'expression aux
vitupérations antisémites leur permet de montrer leur bonne foi populiste, en
témoignant de leur sympathie avec la "rue arabe". Approuvent-ils
eux-mêmes de telles vues? Bien sûr que non, se hâtent-ils de déclarer, suggérant
malhonnêtement qu'on ne peut rien y faire, puisque, sous leurs régimes, même
les journaux appartenant à l'Etat et les stations de télévision ont le droit
d'exprimer leur opinion.
Que les dirigeants arabes modérés soient restés silencieux face à l'antisémitisme
croissant, c'est tout à fait compréhensible, à la lumière de l'ensemble de
leurs propres actes en tant qu'hommes d'Etat. Il devrait en être autrement
s'agissant des autorités morales et politiques occidentales, mais ce n'est pas
le cas. Dans les jours qui ont suivi la diatribe antisémite d'Assad, à Damas,
c'est en vain qu'on a attendu du pape - qui avait reconnu l'Etat d'Israël et
visité le mémorial de l'Holocauste, à Jérusalem - qu'il émette une parole
de protestation. L'incident aurait pu être, à bien des égards, [l'occasion
d']une réédition du refus de Madame Hillary Clinton - alors première Dame des
Etats-Unis - de rencontrer Suha Arafat, l'épouse du président de l'Autorité
Palestinienne, qui, deux ans auparavant, lors d'une cérémonie à Ramallah,
avait accusé Israël d'empoisonner délibérément l'air et l'eau palestiniens.
Et si l'un ou l'autre des dirigeant rassemblés à la Conférence économique de
Da
vos ont songé à protester publiquement contre les mensonges de Yasir Arafat,
on ne trouve aucune trace de leur intervention en ce sens.
On peut considérer qu'à l'origine de ce silence général, il y a une forme
subtile de racisme, ou ce que George W. Bush a appelé, dans un autre contexte,
" l'intolérance raciale modérée des basses aspirations ". La
suggestion implicite est que les Arabes sont un peuple retardataire, qu'il ne
faut pas juger à l'aune des normes civilisées de l'Occident. Dans cette
lecture, l'antisémitisme rabique n'est qu'un trait de la culture arabe, parmi
d'autres - alors que cette dernière est souvent présentée, avec raison, comme
l'une des plus civilisées et des plus sophistiquées du monde.
Beaucoup d'Occidentaux qui s'appliquent à ignorer les insultes et les mensonges
scandaleux des Arabes à l'égard des Juifs, croient également qu'après tout,
les griefs des Arabes envers les Juifs sont légitimes, quelque excessive que
soit la manière dont [les Arabes] l'expriment parfois. Selon eux, une fois les
demandes essentielles des Palestiniens ou des Syriens satisfaites, cette
mentalité disparaîtra, leur haine d'Israël et des Juifs s'apaisera de même,
du fait qu'elle est une manière de faire de la politique par d'autres moyens.
Durant les années du processus d'Oslo, le gouvernement israélien lui-même a
semblé partager cette conception, en ignorant de manière systématique les
provocations verbales arabes incessantes, ou en leur trouvant des explications.
A défaut d'autre chose, nous aurons au moins appris, de la seconde Intifada,
que les griefs du monde arabe envers Israël n'ont pas grand chose à voir avec
les menus détails de la répartition du territoire et de l'autorité politique,
mais qu'íls concernent, par contre, l'entièreté du projet sioniste et
l'existence même d'un Etat juif au Proche-Orient.
Ce que les Occidentaux (y compris quelques Israéliens) refusent de prendre en
compte - considérant qu'il s'agit d'une regrettable rhétorique - est au
contraire l'expression exacte de ces griefs, dont le but n'est pas de parvenir
à un accord, mais de l'empêcher. Car comment peut-on sceller un accord avec un
peuple qui n'est constitué que de meurtriers d'enfants, d'ourdisseurs de
conspiration mondiale, d'ennemis jurés de la vérité religieuse et historique,
et de gens qui ont porté à sa perfection la brutalité nazie - un peuple qui,
selon les autorités islamiques, doit être expulsé et mis à mort, les
morceaux de leurs corps "étant pendus à tous les arbres et poteaux électriques"?
Non, l'antisémitisme au Proche-Orient n'est pas une autre manière de faire de
la politique : il est une fin en soi.
Comment on fabrique des 'bombes humaines' par Fiamma Nirenstein, Commentary
Magazine. Traduction de Menahem Macina pour CJE
Intifada,
une année, déjà...
Par Elie Barnavi Publié le
27 septembre 2001, page 17
Juillet 2000. Dans le huis clos de Camp David, Yasser Arafat, Ehud Barak et
leurs collaborateurs sont réunis sous la houlette du président Clinton. Il
s'agit de démêler en quelques jours un écheveau vieux d'un bon siècle et que
dix ans d'un laborieux processus de paix n'ont fait qu'entamer.
La tâche est rude, peut-être impossible. Certes, n'en déplaise à la mode en
vogue dernièrement, il se passe à Camp David des choses intéressantes. On y
met sur la table des sujets jusque-là tabous, les implantations, Jérusalem.
Les Israéliens avancent des propositions inédites, que le monde entier, on l'a
un peu oublié depuis, tient pour audacieuses. Mais la rencontre est mal préparée,
mal engagée, handicapée par les relations tendues entre les deux principaux
protagonistes. Ceux-ci se trouvent en outre entravés par d'énormes difficultés
internes: le Palestinien est arrivé à Camp David en traînant les pieds, peu
assuré d'une opinion publique exaspérée par les lenteurs d'un processus
interminable qui n'a pas tenu ses promesses; l'Israélien, qui a poussé à la
roue, est venu, lui, soutenu par la plupart de ses concitoyens mais avec une
courte majorité parlementaire. Sans même parler de la volonté d'aboutir - j'y
reviendrai -, les ingrédients du succès, à savoir le temps, la confiance et
le soutien des mandants, manquent cruellement. C'est l'échec.
Pour le président de l'Autorité palestinienne, la question qui se pose dès
lors est comment améliorer une offre israélienne à l'évidence insuffisante.
L'objectif est toujours de signer une paix en bonne et due forme avec Israël,
mais en obtenant de meilleures frontières, une souveraineté mieux définie à
Jérusalem et une forme quelconque de reconnaissance de ce fameux «droit au
retour», faute de quoi il sera incapable de «vendre» cette paix à
son peuple. Comment s'y prendre? En recourant à la violence révolutionnaire.
La première intifada l'a emmené à Madrid, la seconde l'emmènera à Taba.
Avec ce calcul en tête, il déclenche les troubles du 29 septembre (je dis bien
29 septembre, car la veille, jour de la visite d'Ariel Sharon sur le mont du
Temple, il ne s'est pratiquement rien passé), tout en continuant de négocier.
Le but, n'est-ce pas, est de parvenir à de meilleurs termes, pas de tout faire
capoter. En effet, au milieu des violences, la négociation va bon train. A la
base de Bolling déjà, le 23 décembre, Arafat a endossé le plan Clinton, qui
dessinait les paramètres acceptables pour les deux parties d'un accord de paix
éventuel. Enfin, à Taba, en janvier, il obtient ce qu'il souhaitait: un Etat
palestinien d'un seul tenant sur l'essentiel des territoires occupés par Israël
depuis la guerre des Six-Jours, une compensation territoriale pour le reste, la
souveraineté sur les quartiers arabes de Jérusalem, un règlement honorable du
problème des réfugiés. Il sait qu'il vient de saisir l'histoire à la gorge.
L'Etat palestinien souverain qu'il n'aurait jamais obtenu des frères arabes, il
l'a obtenu de l'ennemi sioniste, les armes à la main. Ce n'est pas tout le rêve
palestinien; mais, en homme d'Etat, il sait que le rêve doit donner du sens à
la réalité, jamais s'y substituer.
Il reste un problème de taille: Ehud Barak, que tous les sondages donnent
perdant aux élections imminentes, a-t-il les moyens politiques d'honorer ses
engagements? Sans doute pas, mais tant pis. En forçant la signature ne
serait-ce que d'un accord-cadre, en annonçant urbi et orbi que Taba a tenu ses
promesses et en ordonnant la cessation immédiate des violences ainsi que des
discours de haine qui émaillent la presse palestinienne, il préserve l'avenir.
Il dispose de l'appui de l'Administration américaine, de l'Union européenne
et, surtout, de l'ensemble du camp de la paix israélien. Il sait, en effet, que
c'est là que se trouvent ses meilleurs alliés. Désormais, quel que soit le
gouvernement en place à Jérusalem, il lui sera impossible de faire comme si
Taba n'avait jamais existé...
Le lecteur aura compris: si le résumé de Camp David relève de l'histoire,
tout le reste est, hélas, de l'histoire-fiction. Reprenons le fil des événements.
On s'en souvient peut-être, le monde entier tient responsable de l'échec de
Camp David le président de l'Autorité palestinienne. De fait, l'homme s'est
contenté de dire non à tout ce qu'on lui proposait, sans se donner la peine
d'avancer ses propres souhaits. Et, une fois l'échec consommé, la question
qu'il se pose n'est pas «comment améliorer l'offre israélienne», mais
comment se sortir de ce mauvais pas? Autrement dit, comment rétablir en sa
faveur une opinion internationale déchaînée et une opinion palestinienne amère
et manifestement hostile à tout compromis? La réponse sera la même que dans
le scénario-fiction: en recourant à la violence révolutionnaire. Mais le
point d'aboutissement devra être différent: si la première intifada l'a emmené
à Madrid, la seconde l'y ramènera. Ce qu'il cherche désormais, c'est
l'internationalisation du conflit. Il a deux modèles en tête, à ses yeux
complémentaires: le Sud-Liban, où, pense-t-il, une poignée de combattants déterminés
ont forcé pour la première fois Tsahal à une retraite sans accord; et le
Kosovo, où la communauté internationale est intervenue sur le terrain pour
faire le ménage et donner la victoire à la partie la plus faible.
Il n'est donc pas question de reconnaître les acquis de Taba: ses lieutenants
ont beau affirmer qu'on n'a jamais été aussi proche d'un accord, lui préfère
traiter Barak de fasciste devant le gratin du monde assemblé à Davos. Il n'est
pas question non plus d'arrêter l'incitation à la haine, qui atteint des
sommets inconnus auparavant. Et il n'est surtout pas question de mettre un frein
à la violence, mais de l'intensifier.
Une année plus tard, le bilan se révèle désastreux. A l'heure où j'écris
ces lignes, au lendemain du dernier en date, et peut-être le premier sérieux,
des cessez-le-feu qui ont jalonné de leur impuissance «l'intifada des mosquées»,
815 malheureux, dont 625 Palestiniens, ont payé de leur vie la stratégie
bizarre du raïs. L'économie palestinienne est en lambeaux, la misère règne,
le pays est livré aux bandes armées qui font dans la surenchère nationaliste
et/ou intégriste. Arafat a certes conservé son aura de chef incontesté du
mouvement national palestinien; mais des voix de plus en plus nombreuses et
fortes s'élèvent dans son propre parti pour demander où les mène cet homme
dont les intentions sont devenues opaques pour ses plus proches conseillers.
C'est que rien ne s'est passé comme il l'entendait. Remarquable tacticien, il
s'est révélé piètre stratège. Comme tous les détenteurs du pouvoir absolu,
Arafat comprend mal les ressorts de la démocratie libérale, en confondant
volontiers divergences d'opinion et débilité du corps social. Or le terrorisme
non seulement n'a pas entamé la cohésion de la société israélienne, il l'a
renforcée. En faisant contre lui l'unité des Israéliens, il perdait tout
espoir de gagner cette guerre à l'usure.
Surtout, l'internationalisation du conflit s'est révélée une chimère.
Pourquoi? D'abord, parce que Sharon a refusé de se couler dans le moule que les
Palestiniens, le monde arabe et une opinion mondiale avide de clichés ont préparé
à son intention. Déterminé à éviter le piège qu'on lui tendait, le
gouvernement d'Union nationale a dosé ses ripostes en limitant autant que faire
se pouvait les dégâts. Ensuite, parce que les Etats-Unis ont refusé de jouer
à ce jeu-là et que, sans eux, il n'y a pas d'internationalisation possible.
Aussi, parce que la violence, physique et verbale, a fini par se retourner
contre ses auteurs. L'entreprise de délégitimation d'Israël a tourné court
à Durban. Et l'on peut dater du 1er juin, date de l'attentat-suicide de la
discothèque de Tel-Aviv, le commencement de la fin de «l'intifada des mosquées».
Enfin, le raïs a joué de malchance. Les bombes volantes qui ont enseveli des
milliers d'innocents à New York et à Washington l'ont mis du même coup devant
le dilemme qu'il a si mal résolu voici une décennie, au moment de la guerre du
Golfe. Cette fois, il semble avoir mieux choisi son camp. Or ce choix implique
l'abandon irrévocable de la violence et le retour à la négociation, aussi
longue, âpre et difficile soit-elle.
Il est malheureux qu'il ait fallu tant de douleur pour allumer une petite lueur
d'espoir; il serait criminel de la laisser s'éteindre.
Elie Barnavi est ambassadeur d'Israël en France.
Déconcertant
progressisme par Alain Finkielkraut,
Trois semaines ont passé depuis le 11 septembre et déjà la stupeur se
dissipe, l'examen de conscience succède à l'épouvante. A peine entrons-nous
dans la période du deuil que la pensée progressiste s'affaire à instruire le
procès de la puissance américaine.
Il n'y a pas de fumée sans feu, dit le Tribunal, pas de révolte sans bon
motif, pas de terrorisme pour rien. L'Amérique n'a été si spectaculairement
frappée que parce qu'elle est coupable. Coupable d'étrangler la population
irakienne par un embargo qui a déjà fait des centaines de milliers de morts.
Coupable de n'avoir pas signé le protocole de Kyoto visant à réduire l'émission
de gaz à effet de serre. Coupable d'avoir fabriqué les talibans, et Oussama
Ben Laden. Coupable de faire payer aux Arabes un crime commis par les Européens,
en leur imposant l'Etat d'Israël. Coupable, quand il ne l'instrumentalise pas,
d'humilier l'islam. Coupable de ne pleurer que ses propres victimes et de se
laver les mains de catastrophes bien plus graves, comme le génocide du Rwanda,
en les baptisant "crises humanitaires". Coupable donc de surenchérir
par le racisme lacrymal sur son impérialisme sans pitié.
On se prend à penser, devant ce réquisitoire monumental, qu'il n'existe sur la
terre aucune injustice dont le pays de la bannière étoi- lée puisse se dire
innocent. Tout le mal lui revient, à lui et à nous, nous Occidentaux, nous
Européens, dans la mesure où nous faisons bloc avec les Américains et où
nous versons les mêmes sanglots discriminatoires.
Une telle agressivité pénitente reconduit, en l'inversant, l'arrogance qu'elle
dénonce. Pour le bien de l'humanité hier et pour son plus grand malheur
aujourd'hui, l'Occident prend toute la place : l'autre n'est qu'un comparse, un
figurant, un ectoplasme ou, au mieux, un symptôme.
Mais pour qu'un tel raisonnement tienne le coup, il faudrait d'abord que les
deux seules actions militaires entreprises par l'OTAN depuis sa création
n'aient pas eu pour objectif de rompre avec l'inertie de la communauté
internationale ou, plus précisément, des non- Occidentaux face à la situation
désespérée des peuples majoritairement musulmans de Bosnie-Herzégovine et du
Kosovo. Et puis, il faudrait surtout que la colère islamiste soit dirigée
contre ce que l'Occident a de pire : la rapacité financière, la consommation
effrénée, l'égoïsme du bien-être. Or les commanditaires des pieux carnages
du 11 septembre et leurs admirateurs n'ont aucunement le souci de remédier à
la misère du monde ou de sauvegarder la planète : le réchauffement climatique
est le cadet de leurs soucis. Ils haïssent l'Occident non pour ce qu'il a de haïssable
ou de navrant, mais pour ce qu'il a d'aimable et même pour ce qu'il a de
meilleur : la civilisation des hommes par les femmes et le lien avec Israël.
C'est le destin claquemuré qu'ils font subir aux femmes, le mépris où ils les
tiennent et le désert masculin de leur vie qui rend fous les fous de Dieu :
fous de violence, fous de hargne et de ressentiment contre le commerce européen
des sexes, contre l'égalité, contre la séduction, contre la conversation
galante ; fous, enfin, du désir frénétique de quitter la terre pour jouir de
l'éternité dans les jardins du Paradis où les attendent et les appellent des
jeunes filles "parées de leurs plus beaux atours".
Quant au lien profond, malgré toutes les vicissitudes, entre les Etats-Unis et
Israël, il a donné assez de crédit au président Carter pour négocier, en
1978, la restitution à l'Egypte de sa souveraineté sur le Sinaï, et assez de
poids au président Clinton, vingt-deux ans plus tard, pour convaincre le
gouvernement d'Ehoud Barak de partager Jérusalem suivant la formule : tout ce
qui est arabe est palestinien, tout ce qui est juif est israélien. Shlomo Ben
Ami, le principal négociateur israélien de Camp David, a raison d'écrire :
"Aucun pays européen, aucun forum international n'a fait pour la cause
palestinienne ce que Clinton a fait pour elle."
Mais son chef, Yasser Arafat, voulait plus que ce partage de Jérusalem et que
la création d'un Etat palestinien. Avec la revendication du droit au retour, il
s'est placé dans la perspective de la lente absorption de l'Etat juif par
l'islam. Peut-être n'est-il pas trop tard. Peut-être les protagonistes
seront-ils capables ou contraints de s'arracher à la logique de l'affrontement
malgré l'amertume et la méfiance accumulées. Une chose est sûre, en tout cas
: aux yeux des fondamentalistes high-tech qui ne désirent rien tant que la montée
aux extrêmes, l'Amérique incarne la menace du compromis, c'est-à-dire du
sacrifice pour la paix d'une partie de la terre de Palestine.
C'est donc mentir que d'expliquer et de
justifier la fureur du sentiment anti-américain par le soutien indéfectible de
la Maison Blanche à la politique "fasciste",
"colonialiste", voire "génocidaire" d'Israël. Quant
à prétendre, comme tel expert en géostratégie entendu l'autre jour à la télévision,
que le mouvement palestinien, pacifique
et démocratique dans l'âme, est contraint aux attentats-suicides par la
brutalité de l'occupant, c'est délivrer un brevet de légitime défense au
combattant de la guerre sainte qui affirme que "tout juif est une cible et
doit être tué".
Le nom d'Israël accablé de la responsabilité de l'antisémitisme dans sa
version meurtrière et de la terreur qui s'est abattue sur le sol américain :
voilà où nous en sommes ; voilà ce
que le progressisme a fait de la pensée critique ; voilà ce
qu'est devenue l'aptitude à se mettre
soi-même en question et à sortir de son exclusivisme qui a
longtemps constitué le trait distinctif de l'Occident, et sa
force spirituelle.
Alain Finkielkraut est professeur à l'Ecole polytechnique.
© Libération, 2001.
Les
nouveaux visages de l'antisémitisme Pierre-André
Taguieff Le Figaro du 8 octobre 2001
Jamais, dans la France d'après-guerre, les amalgames
antijuifs n'ont circulé dans
autant de milieux sociaux en rencontrant aussi peu de résistance intellectuelle et politique. Un mythe répulsif s'est
internationalement construit durant
le dernier demi-siècle sur la base d'une figure démonisée : »les
Juifs-Israéliens-sionistes », inscrite dans une opposition manichéenne massivement diffusée : les victimes innocentes (Arabes-Palestiniens)/les
bourreaux sanguinaires (Juifs-Israéliens).
Pour fonctionner avec une efficacité
maximale, ce motif de propagande s'articule à des amalgames polémiques
en rafales : Juifs=sionistes(=Israéliens) ; sionisme=colonialisme et
racisme ; Sharon=Hitler ; Israéliens=nazis.
Les vieilles rhétoriques dites «
antiraciste », »antiimpérialiste »et « antifasciste » sont ainsi instrumentalisées, permettant de
construire la figure absolument
diabolisée qu'est le Satan composite : Etats-Unis/Israël/ Occident.
On y reconnaît la nouvelle grande vision populiste d'extension mondiale
: les méchants « riches » contre les bons « pauvres »
Il s'ensuit que tous les ennemis
des « sionistes » sont en même temps les ennemis des « Américains » et que ces ennemis ne sont que
des « victimes « qui sont en état
de légitime révolte. L'islamisme est l'anticapitalisme des illuminés ,métamorphosés en fanatiques par le ressentiment
contre l'Occident (catégorie
incluant l'entité sioniste), dont l'hégémonie de fait est perçue par
ces derniers comme une insupportable provocation. Le stéréotype du « Juif
riche », ainsi recyclé, fit oublier la réalité des milieux ploutocratiques,
qui, en particulier dans le monde arabo-musulman, financent les
réseaux islamistes et nombre d'organisations terroristes. La nouvelle mythologie antijuive se fonde ainsi sur un dualisme manichéen
structurant l'opposition des deux
entités : les Juifs méchants par nature/les Palestiniens innocents par nature, ces deux types essentialisés
étant interprétés , selon divers
couples d'opposés permettant de développer en récit l'antithèse qu'ils forment : « bourreaux/victimes »,«
dominateurs/dominés »/ »oppresseurs/opprimés
».Or, cette série d'oppositions est
en train d'être religieusement colorée par le schème « non-musulmans/musulmans », lequel permet d'installer l'antithèse
de style islamiste.
« Occidentaux/croyants ». La
lutte contre l' »impérialisme américain », conduite naguère par les nationalistes et les marxistes du
monde arabe, peut ainsi être
traduite en novlangue islamiste et célébrée comme combat final contre les « judéo-chrétiens ».
L'hypothèse a été justement
faite qu'après la guerre des Six jours( juin 1967), un « nouvel antisémitisme » avait entamé sa carrière
autour d'un mythe conspirationniste
que j'ai appelé l' »antisionisme absolu », dont les deux grands foyers étaient le monde arabo-musulman et
l'empire soviétique. On y
retrouvait ,agglutinés autour des figures démonisées d'Israël et du sionisme (un « sionisme « fantasmé) un certains nombre de
thèmes d'accusation antijuifs
traditionnels : les Juifs complotent, ils visent la conquête du monde par tous les moyens, ils sont cruels et
sanguinaires par nature ( d'où la
réactivation de vieilles légendes : celle du « meurtre rituel
« , celle de l'empoisonnement de l'eau ou des aliments), etc. les multiples
rééditions « actualisées » du célèbre faux, Les Protocoles des sages
de Sion et leur diffusion massive dès l'automne 1967, témoignent de l'émergence de cette configuration judéophobe.
Il n'est pas exagéré de supposer
que ,depuis la fin des années 90, une seconde vague de »nouvel antisémitisme » balaie la planète,
touchant l'Afrique non moins que
l'Asie, radicalisant et accélérant le passage de droite à gauche des motifs judéophobes, qui ne cessent en
outre de s' »islamiser ».
Les principales caractéristiques
de cette judéophobie planétaire sont les suivantes :
1) Instrumentalisation massive et
virulente de l'antiracisme à des fins antijuives, ce qu'a monstrueusement illustré la conférence
des Nations unies contre le racisme
tenue à Durban (début septembre 2001)
2) Banalisation des représentations
et des arguments annexes du négationnisme
(dénonciation de la « Shoah business »,etc)
3) Légitimation empruntée non
seulement au vieil antiimpérialisme de style tiers-mondiste et à l'antiaméricanisme démonologique, mais
aussi aux critiques radicales de la
mondialisation néo-libérale.
4) Interactions avec la vision
islamiste du monde (disons la vision panislamiste), dont la stigmatisation d'Israël en tant que «
petit Satan « vient se mêler aux
représentations démonisantes à l'occidentale du « sionisme » Le nationalisme juif au contraire du nationalisme
palestinien (« juste lutte « de
« libération nationale ») est accusé tour à tour ou globalement d'être un « colonialisme », un » impérialisme
», un « racisme », un «
fascisme » !
La détestation croissante de la
figure mythique »Juifs-Israéliens-sionistes »
suit les voies de l'expansion de l'islam, la haine antijuive s'étend, tandis
que se normalise quelque chose comme une nouvelle fascination de l'Islam,
d'extension planétaire.
C'est là un fait psycho-social,
politico-culturel et géopolitique sur lequel il convient de s'interroger précisément. Il n'autorise pas
à sommairement assimiler religion
musulmane et islamisme, lequel doit être identifié et dénoncé
comme un dévoiement fondamentaliste de l'Islam et un mode d'instrumentalisation du produit de cette corruption idéologique
,portant sur des croyance
religieuses respectables en leur ordre. L'islamisme est une politisation biaisée des textes fondateurs de l'Islam. Ce qui
peut s'observer, et qui est fort
inquiétant, c'est la multiplication des zones d'équivocité
où sont indéterminables les frontières entre islam et islamisme.
Or, ces zones d'équivocité sont
aussi des zones de basculement, où les convictions peuvent se traduire en mobilisations violentes ou
en actes terroristes. Dans le cas
du christianisme, par exemple, la frontière entre intégrisme et non-intégrisme est devenue claire, certes fort
tardivement( dans la seconde moitié
de XXème siècle), et ce grâce à un consensus de base sur le principe de laïcité et à l'intériorisation , par
les citoyens des sociétés démocratiques/libérales,
des valeurs individualistes/pluralistes.
La tâche la plus urgente, dans les
pays de culture musulmane, est de favoriser
le passage de régimes autoritaires ou despotiques à des Etats de droit
respectant le principe de séparation des sphères (respectivement religieuse
et publique) qu'est le principe de laïcité. La question est sociale
et politique plutôt que civilisationnelle.
Par ailleurs, mais d'une façon
convergente, dans les démocraties occidentales, la légitime défense « antiraciste »des
populations immigrées contre les réactions
xénophobes s'est subrepticement -certes partiellement -transformée
en complaisance à l'égard des visions « antisionistes » équivoques
fort répandues dans les milieux de l'immigration d'origine maghrébine
et africaine, cette complaisance pouvant aller jusqu'à la connivence
et à l'empathie. C'est ainsi qu'aujourd'hui une forte imprégnation judéophobe marque une partie significative de
la gauche et de l'extrême gauche
des pays occidentaux.
Il importe ici de rappeler la
distinction entre une légitime critique- lorsqu'elle est rationnellement argumentée - de la politique
israélienne et le rejet
inconditionnel d'Israël fondé sur son irrationnelle satanisation. Une certaine manière de fantasmer en même temps -au nom du
partis pris en faveur des «
victimes » ou des « exclus »-la « lutte contre le racisme « et la « lutte contre la mondialisation » conduit nombre
d'individus , sans toujours le
savoir ni le vouloir, à rejoindre ,portés par la passion « antisioniste », le nouveau camp des antijuifs, où les déclarés
restent cependant infiniment moins
nombreux que les non-conscients et les masqués.
On peut en reconstituer l'argument
implicite fondamental : « Si Israël n'existait
pas, la paix et la justice règneraient au Moyen-Orient » auquel s'ajoute
l'argument subsidiaire selon lequel le terrorisme islamique n'aurait,
par effet de cette non-existence plus de justification ni même de raisons
d'être ( ce qui présuppose qu'il a actuellement des raisons d'exister.
!). La conclusion pratique et programmatique d'une telle argumentation peut être ainsi explicitée : « Israël est un
pays en trop et doit disparaître
». On a déjà entendu, dans un passé qui n'est pas si lointain, l'argument du même type : »Si les Juifs
n'existaient pas, il n'y aurait pas
d'antisémitisme ». Et la terrible conclusion normative pouvait être logiquement déduite : »Les Juifs doivent disparaître
». La préférence pour la cause
palestinienne ,lorsqu'elle devient exclusive et glisse vers l'absolu, bref le propalestinisme mystico-mythique, se révèle
comme le vecteur de cet
antisionisme absolu qui constitue l'une des nouvelles manifestations de la judéophobie.
On constate un étrange et inquiétant
aveuglement des milieux politiques (surtout à gauche) non moins que médiatiques, en France, sur
les nouvelles manifestations de la
haine antijuive dans les populations issues de l'immigration maghrébine et africaine, bref parme les «
jeunes des banlieues ». Ceux qui
ont entendu des slogans du type « A mort les Juifs ! » dans une manifestation parisienne , en octobre 2000, organisée (à le
République) en solidarité avec
les Palestiniens et au nom d'un « antiracisme » dévoyé ont compris
que l' antisionisme et la détestation d'Israël cachaient de moins en moins
une judéophobie ordinaire, dont les expressions publiques et flagrantes
sont fort gênantes pour ceux qui les partagent à tel ou tel degré.
Et pourtant, le silence recouvre de
telles manifestations de haine, un silence qui contraste avec le bruit médiatique provoqué il y
a peu par la moindre des
provocations xénophobes de style lepéniste, pourtant très euphémisées.
On a pourtant de bonnes raisons de
penser que cet aveuglement des élites de la représentation et de la communication est le plus souvent
volontaire et qu'il est motivé non
seulement par le « politiquement correct » à la française, mais encore par de cyniques calculs électoraux.
Tout se passe comme s'il ne fallait
surtout pas évoquer la multiplication des petits actes antijuifs dans les « quartiers » (menaces, agressions),
comme s'il était impératif de ne
pas s'interroger sur tel ou tel incendie de synagogue,etc.
On entend parfois des «
responsables » déclarer qu'il convient de « ne pas jeter de l'huile sur le feu », d'autres suggérer qu'il ne
faut surtout pas provoquer ni désespérer
ces nouveaux « Billancourts » que sont les « banlieues ». Elégantes justifications de ce qu'il faut bien
appeler une désertion, un lâche
évitement d'une situation qu'on laisse pourrir. L'antisémitisme et la xénophobie anti-immigrés de style néo-fasciste
provoquent de violentes -et justifiées-
réactions d'indignation, la judéophobie d'obédience islamiste semble idéologiquement
inaudible ou négligeable.
S'il faut éviter à tout prix de
pratiquer l'amalgame entre islam et islamisme ( ou entre islam et terrorisme), il convient tout
autant de dénoncer l'amalgame
entre Juifs, « sionistes » et « nazis » (ou racistes). Or, dans l'espace public, on n'entend guère de voix qui s'élèvent
contre les amalgames polémiques
visant les Juifs.
La lutte contre l'antisémitisme,
fixée sur le passé nazi depuis un demi-siècle
s'est endormie dans les discours commémoratifs et un pseudo-antiracisme édifiant pour conférences internationales
consensuelles.
Revenons au réel. L'installation
planétaire progressive depuis, les années 60, d'une mythologie antijuive centrée sur la démonisation
d'Israël et du « sionisme »
aujourd'hui portée et diffusée par les milieux islamistes transnationaux, devrait constituer un objet privilégié de la
vigilance antiraciste et motiver
des enquêtes approfondies. Au devoir et au travail de mémoire, légitimes dans leur ordre ,doivent s'ajouter un
travail et une réflexion sur les
menaces émergentes , en vue d'agir sur leurs causes et leurs facteurs contextuels et d'en limiter les effets dévastateurs.
Il faut, sans plus attendre, que
les citoyens qui refusent l'intolérance et le fanatisme commencent par ouvrir les yeux sur la situation
présente, qu'ils osent enfin
s'interroger sur ce qu'il convient de faire pour empêcher l'extension
et la banalisation de cette terrible maladie de l'âme qui n'en finit pas de renaître à travers ses métamorphoses idéologiques
, la haine antijuive.
Israël-Palestine
: les chemins d'une autre paix
Alexandre Adler + LE MONDE | 08.11.01
Enfin la paix paraît à portée de vue entre Israël et la Palestine, ces deux
entités aussi floues dans leurs contours que réelles dans leurs existences en
conflit. Il y avait depuis 1992 une dissymétrie profonde dans la recherche de cette
paix : victoire narcissiquement édifiante pour Israël, même payée d'un bon
prix ; défaite humiliante, même compensée sur un plan matériel, pour les
Palestiniens. L'Histoire avance bien par son mauvais côté : par la combinaison
de l'Intifada des mosquées et de la guerre du 11 septembre, les points de
vue se sont, enfin, étrangement rapprochés. Israël marche désormais à
reculons vers la paix, exactement comme les Palestiniens jusqu'alors, et
l'approche de celle-ci ne provoquera pas même le soulagement qu'éprouvent des
belligérants humiliés mais heureux de la paix enfin assurée ; car la sécurité
d'Israël demeurera menacée, jusqu'à un certain point, dans l'incertitude régionale.
De leur côté, les Palestiniens ne raisonnent plus tout à fait en termes
de défaite, non seulement parce que l'Intifada leur a restitué une unité
politique et un honneur guerrier qui avaient été mis à mal, mais surtout
parce que le défi d'Oussama Ben Laden vient de leur conférer de nouveau une
dimension panarabe que leur obsession d'Israël leur avait fait perdre peu à
peu depuis 1992.
Il ne s'agit plus seulement aujourd'hui de Jérusalem, mais aussi de La Mecque.
On sait que l'acte de changer la direction de la prière, de Jérusalem vers La Mecque,
la Qibla en arabe, est l'occasion d'une grande fête de l'islam ; cette Qibla
palestinienne est aussi le moment de la lucidité retrouvée : Arafat est désormais
dans le même bateau que Moubarak, la maison de Saoud et les Hachémites de
Jordanie. A lui de ne pas le faire chavirer inconsidérément, et un grand
prestige interarabe lui sera accordé pour finir sa carrière. A l'inverse,
Sharon et Pérès sont, eux aussi, à présent dans le même bateau que Bush et
Blair, et c'est aux Etats-Unis de se manifester par une garantie nouvelle,
militaire et politique à Israël, qui compensera ce qu'on lui demande à présent
de favoriser : l'Etat palestinien, tout simplement.
Le processus de paix israélo-palestinien, fruit de cette ère "des bons
sentiments" qu'ouvrit la chute du communisme soviétique, fut chez les
juifs l'occasion d'une débauche de guimauve adolescente, tardive et
provinciale.
Longtemps snobée, malgré les efforts de ses cousins new-yorkais mieux
introduits, l'intelligentsia israélienne s'abandonna avec délices aux caresses
du Printemps de la paix : c'était le TGV Alexandrie-Istanbul, rêvé par Pérès,
qui s'arrêtait en gare de Tel-Aviv pour y déverser son flot de touristes égyptiens
supposés prospères, c'étaient les entreprises mixtes israélo-arabes qui
diffusaient capital et technologies depuis Khartoum jusqu'à Basra, c'étaient
la nouvelle cuisine et la nouvelle chanson métissées de Jaffa, rendues à leur
multiculturalisme, c'était le révisionnisme historique général qui, en
fournissant des excuses polies et modérées à l'interlocuteur palestinien,
allait à son tour, idée de génie de Yossi Sarid, entraîner celui-ci à modérer
sa propagande, un peu mensongère tout de même, et provoquer une réconciliation
bien émouvante, digne d'un tableau de Greuze, où des Palestiniens enfin touchés
de tant de bons sentiments, dispensés à l'étalage, allaient sans doute tomber
dans les bras des sionistes et leur fournir gratis la position de peuple-guide
de tout le Moyen-Orient! La belle jeunesse israélienne politiquement correcte
et Harvard trained ne comprenait pas à quel point elle était sans commune
mesure plus odieuse encore à l'opinion palestinienne que ses pères désespérés,
héroïques et durs comme de la pierre, de cette belle pierre lituanienne dont
on fit ailleurs la prise du palais d'Hiver ou les romans épiques à la Vassili
Grossman.
Pour les Palestiniens, en effet, la paix était d'abord le fruit d'une triple défaite
: l'effondrement de l'allié soviétique, rallié désormais au sionisme, comme
l'a confirmé Poutine, l'écrasement de l'Irak de Saddam Hussein,
l'insignifiance progressive du cartel pétrolier de l'OPEP. Pris dans cet étau,
Arafat avait dû ruser tel Louis XI à Péronne avec Charles le Téméraire. Et
l'Etat palestinien qu'on obtiendrait ne serait qu'un pourboire dégradant, lâché
par un président américain à la recherche tenace d'un prix Nobel de la paix.
C'est ce qu'écrivaient les intellectuels palestiniens tous les jours. Tel était
le bois sec dont s'est allumé le brasier de l'Intifada, et si les termes
actuels de la paix ne sont pas substantiellement modifiés par rapport à
l'offre américano-israélienne de l'été 2000, c'est en revanche toute la
symbolique qui s'est modifiée.
AMERTUME
Les Palestiniens auront leur Etat sans avoir à se déclarer réconciliés avec
Israël : Arafat a rompu son engagement de 1992 à renoncer aux violences,
Arafat n'aura pas à modifier la charte de l'OLP, l'Etat palestinien, comme le
Free State irlandais de 1920, continuera à réclamer la totalité du territoire
et concrètement le droit au retour pour tous les Palestiniens à Jaffa et à
Saint-Jean-d'Acre. Sans aucun effet pratique, évidemment. Mais ce sont les mots
qui comptent. Les manuels scolaires continueront pendant un temps à répandre
une haine inextinguible du juif, et les Israéliens affairistes ou politiquement
corrects qui s'aventureront à faire du tourisme à Tulkarem ou à Hébron
seront régulièrement assassinés. En échange, Israël restituera 95 % des
territoires hors Jérusalem.
Désormais, tous les Israéliens trouveront cette paix, qui continuera à leur
fermer le reste du monde arabe, Egypte comprise, aussi amère que l'avait été
leur retrait forcé du Sinaï par Eisenhower en 1958. Mais c'est précisément
cette amertume qui permettra à Arafat et à ses successeurs de faire passer le
compromis historique viable : deux défaites stratégiques, celle de la charte
palestinienne et celle de Shalom Arshav (La Paix maintenant), le véritable
surmoi naïf d'Israël, pouvant engendrer pour un temps une victoire vraie,
celle de la raison politique machiavélienne. Mais un temps seulement : car les
peuples ne peuvent pas s'émanciper durablement avec un surmoi amputé.
ÉLÉMENTS DE CONSTRUCTION
Il faut aussi que soient édifiés des éléments de construction qui permettent
aux deux peuples de voir leur avenir en termes moins cyniques : plutôt que de
vouloir commencer à Jérusalem, où le statu quo semble tenable – grâce,
notamment, à l'industrie du tourisme et à la sécurité sociale israélienne
garantie aux Palestiniens ainsi qu'à la partition de facto et à l'emprise réelle
de l'Autorité palestinienne sur les siens –, le geste décisif pour les
Palestiniens ne serait-il pas de leur donner les bases d'un nouveau Tel-Aviv,
gage de leur réorientation vers le monde arabe, le reste du monde pour finir ?
Ce Tel-Aviv du futur est bien sûr à Gaza, qu'il faut transformer en quelques
mois en un port de mer viable, un aéroport international et une ville de
commerce.
Plus fondamental encore : il faudrait rouvrir en première priorité la route
directe Gaza-Hébron, créée en 1989 par Shlomo Ben Ami lorsqu'il était
ministre de l'intérieur de Barak, et la placer en position d'extraterritorialité
vis-à-vis d'Israël. Cette respiration de Gaza ne concernerait pas les seuls
Palestiniens : un automobiliste égyptien pourrait ainsi se rendre en une journée
d'Ismaïlia à Damas par Hébron, Jéricho et Amman sans jamais rencontrer un
seul Israélien. C'est de cela que les Arabes ont besoin : oublier Israël et bâtir
sérieusement une grande confédération arabe, où ils auront un grand rôle à
jouer en tant qu'Etat. Le reste viendra par surcroît.
Et Israël : comme Jonas, vivant dans une mer salée, il retirerait de cette
paix apparemment précaire un peu de tranquillité et de cohésion, mais surtout
des garanties militaires américaines absolues et définitives qui
transformeraient son espace en une portion de l'espace stratégique des
Etats-Unis. Ce mandat, plus solide que celui de la Grande-Bretagne, combiné à
une alliance ouverte et non moins solide avec la Russie de Poutine, permettrait
à une nouvelle génération qui s'unifierait dans cet objectif de relever de
leur lourd fardeau les deux fils bouillants et myopes de David Ben Gourion que
sont, pour le meilleur et pour le pire, Shimon Pérès et Ariel Sharon. Un Israël
préservé et militairement intégré aux Etats-Unis, fondant sa croissance sur
l'urbanisation et la technologie, recèle encore des trésors de créativité
pour l'avenir, et même quelques opportunités importantes pour un monde arabe
plus apaisé.
Alexandre Adler pour Le Monde
Extraits
des écrits du Dr Martin Luther King, 1967 Traduction
française par N. Lipszyc
–, "Letter to
an Anti-Zionist Friend", in Saturday Review XLVII (Aug. 1967), p. 76.
Reprinted in M.L. King Jr., This I Believe: Selections from the Writings of Dr.
Martin Luther King Jr.
"...
Tu déclares, mon ami, que tu ne hais pas les Juifs, que tu es seulement
antisioniste. A cela je dis, que la vérité sonne du sommet de la haute
montagne, que ses échos résonnent dans les vallées vertes de la terre de Dieu
: Quand des gens critiquent le sionisme, ils pensent Juifs, et ceci est la vérité
même de Dieu.
L'antisémitisme, la haine envers le peuple juif, a été et reste une
tache sur l'âme de l'humanité. Nous sommes pleinement d'accord sur ce point.
Alors sache aussi cela : antisioniste signifie de manière inhérente antisémite,
et il en sera toujours ainsi.
Pourquoi en est-il ainsi? Tu sais que le Sionisme n'est rien moins que le
rêve et l'idéal du peuple juif de retourner vivre sur sa propre terre.
Le peuple juif, nous disent les Ecritures, vécut en union florissante sur la
Terre Sainte, sa patrie. Ils en furent expulsés par le tyran de Rome, les mêmes
Romains qui assassinèrent si cruellement Notre Seigneur. Chassé de sa patrie,
sa nation en cendres, le peuple juif fut forcé d'errer sur le globe. Encore et
encore, le peuple juif souffrit aux mains de chaque tyran qui vint à régner
sur lui.
Le peuple noir, sait, mon ami, ce que signifie souffrir les tourments de
la tyrannie, sous un joug que l'on n'a pas choisi. Nos frères en Afrique ont
supplié, plaidé, demandé, EXIGE la reconnaissance et la réalisation de leur
droit naturel de vivre en paix sous leur propre souveraineté, dans leur propre
pays.
Pour quiconque chérit ce droit inaliénable de toute l'humanité, il
devrait être si facile de comprendre, de soutenir le droit du Peuple Juif à
vivre sur l'antique Terre d'Israël. Tous les hommes de bonne volonté se réjouiront
de la réalisation de la promesse de Dieu, que son Peuple retourne dans la joie
sur la terre qui lui a été volée. C'est cela le Sionisme, rien de plus, rien
de moins. Et qu'est l'antisionisme ? C'est le déni au peuple juif d'un droit
fondamental que nous réclamons à juste titre pour le peuple d'Afrique et
accordons librement à toutes les nations de la terre. C'est de la
discrimination envers les Juifs, mon ami, parce qu'ils sont Juifs. En un mot,
c'est de l'antisémitisme. L'antisémite se réjouit de chaque occasion qui lui
est donnée d'exprimer sa malveillance. L'époque a rendu impopulaire, à
l'Ouest, de proclamer ouvertement sa haine des Juifs. Ceci étant le cas,
l'antisémite doit à chaque fois inventer de nouvelles formes et de nouveaux
forums pour son poison. Combien il doit se réjouir de la nouvelle mascarade! Il
ne hait pas les Juifs, il est seulement antisioniste.
Mon ami, je ne t'accuse pas d'antisémitisme délibéré. Je sais que tu
ressens, comme je le fais, un profond amour pour la vérité et la justice, et
une révulsion envers le racisme, les préjugés, la discrimination. Mais je
sais que tu as été trompé, comme d'autres l'ont été, en te faisant croire
que tu pouvais être antisioniste tout en restant fidèle aux
principes que nous partageons toi et moi du fond du coeur. Que mes
paroles sonnent dans les profondeurs de ton âme : quand les gens critiquent le
sionisme, ne te trompe pas, ils pensent les Juifs. "
N'attrapons
pas la haine,
par Amos Oz
LE MONDE | 14.09.01
Une vague de
fanatisme religieux et nationaliste traverse actuellement l'islam: des
Philippines à Gaza, la Libye, l'Algérie, sans compter l'Afghanistan, l'Iran,
l'Irak, le Liban et le Soudan.
Ici, en Israël, nous subissons depuis longtemps les conséquences de cette
fatale onde de fanatisme: nous sommes témoins de manière quasi quotidienne du
lien effectué entre l'incitation à la haine et les assassinats de masse, entre
les sermons religieux célébrant le djihad et sa réalisation via des
attentats-suicides et les voitures piégées postées contre des civils
innocents.
En tant que victimes du fondamentalisme arabe et musulman, nous sommes souvent
pris d'aveuglement, oubliant que la montée de l'extrémisme religieux et
chauvin n'emporte pas uniquement le monde de l'islam, mais existe aussi dans
diverses régions chrétiennes, et même chez le peuple juif.
Si la terrible épreuve endurée par l'Amérique aujourd'hui découle de son
image de "Grand Satan" que véhiculent certains mollahs et ayatollahs
fanatiques, alors l'Amérique comme Israël – le "Petit Satan" –
doivent se préparer à un combat long et difficile.
Le choc et la douleur n'empêchent pas une petite voix de murmurer à certains
d'entre nous, ici en Israël: "Au moins, maintenant, ils vont
comprendre ce que nous subissons ", ou: "Ils vont enfin nous
soutenir". Cette petite voix n'est peut-être qu'une réaction
humaine, mais elle est extrêmement dangereuse.
Elle pourrait nous faire oublier que, malgré le fondamentalisme musulman et le
terrorisme arabe, rien ne justifie l'occupation persistante et l'oppression du
peuple palestinien par Israël. Nous n'avons pas le droit de refuser aux
Palestiniens leur droit naturel à l'autodétermination.
Deux vastes océans n'ont pu protéger l'Amérique du terrorisme; la Cisjordanie
et Gaza, occupées par Israël, ne forment certainement pas un bouclier pour
Israël – au contraire, elles compliquent et rendent plus difficile notre défense.
Cesser cette occupation au plus tôt sera bénéfique aux occupés et tout
autant aux occupants.
Il est aussi tentant qu'aisé de tomber dans toutes sortes de clichés racistes
concernant la "mentalité musulmane" ou le "tempérament
arabe", entre autres inanités. L'atrocité commise contre New York et
Washington nous rappelle violemment qu'il ne s'agit pas d'une guerre de religion
ni d'une guerre entre nations. Il s'agit, une fois de plus, d'une bataille entre
des fanatiques pour qui la fin – qu'elle soit religieuse, nationaliste ou idéologique
– sanctifie les moyens, et nous tous, pour qui la vie elle-même est sacrée.
Les sordides manifestations de joie à Gaza et à Ramallah alors que des gens étaient
encore des torches vivantes à New York ne doivent faire oublier à tout être
humain digne de ce nom que la grande majorité des Arabes et des musulmans n'est
pas complice de ce crime et ne s'en réjouit pas.
La plupart d'entre eux sont choqués, attristés, comme le reste de l'humanité.
Peut-être ont-ils d'ailleurs des raisons particulières d'inquiétude, car on
entend déjà à certains endroits de laides expressions de sentiments
antimusulmans sans discernement. Ces raisonnements ne forment pas une réponse
appropriée aux attentats récents – au contraire ils ne font qu'obéir aux
espoirs de leurs auteurs.
Ne l'oublions pas: ni l'Occident, ni l'islam, ni les Arabes ne sont le
"Grand Satan". Le "Grand Satan", c'est la haine et le
fanatisme. Ces deux maladies mentales ancestrales nous ensorcellent encore
aujourd'hui. Alors soyons vigilants, ne les attrapons pas.
Amos Oz est écrivain. (Traduit de l'anglais par Emmanuelle
Rivière.)
©Amos Oz 2001.
Commentaire personnel sur cet article : Amoz Oz est
un israelien de gauche bien connu pour ses penchants louables pour la paix.
Même si l'idée présentée dans ce texte est louable, elle va trop loin. C'est
vrai, il ne faut pas faire d'amalgame mais il ne faut pas non plus se voiler la
face, la grande majorité des palestiniens soutient Ben Laden et est proche de
ses théories. Ne pas tenir compte de cela c'est recommencer les mêmes erreurs
que pendant les accords d'Oslo dont l'echec avait d'ailleurs à l'époque
profondément affecté Amos Oz.